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La guerre dans la Grèce antique.. ou quand les hommes étaient exercés pour tuer et pour plaire

Publié le par Jean-Yves Alt

Jusqu'au Ve siècle avant Jésus-Christ, le guerrier qui prévalait en Grèce était un hoplite, c'est à dire un soldat-citoyen issu de la campagne, au corps magnifié par le dur travail des champs. Il ne se battait pas seul, mais en formation compacte, échelonnée sur un minimum de huit rangs, une virile phalange.

« Les hommes avancent côte à côte, pied contre pied, bouclier contre bouclier, casque contre casque, poitrine pressant la poitrine... »

Tyrtée (Elégies, 11, vers 29-34)

Le combat n'était ni échevelé ni désordonné. Il se déroulait selon un rituel particulier. Il était toujours précédé par un chant grave et lent, jaillissant des poitrines bombées. Lui faisait suite un strident cri de guerre, tandis que des joueurs de flûte cadençaient la marche guerrière.

« Mourir au premier rang, lutter pour la patrie,

C'est le sort le plus beau digne d'un bon guerrier...

O garçons ! au combat luttez en rangs serrés,

Car la fuite est honteuse autant que la panique...

Les aînés, les anciens, dont les genoux sont raides,

N'allez pas vous enfuir et les abandonner ... »

Tyrtée (Elégies, 10)

Des combattants entretenaient entre eux des rapports très proches : sans doute, étaient-ils liés comme des amants. Mais que se passait-il, pour les "couples" de soldats, une fois séparés de leurs amants par la mort ? Le disparu était-il aussitôt remplacé par un autre guerrier surgi des rangées suivantes ?

La panoplie de l'hoplite était lourde et superbe : casque à cimier et protège-joues, bouclier étrangement orné, longue lance, javelots, pesantes jambières protectrices... Les cuirasses des hoplites, en bronze ou en fer, étaient annonciatrices de ce qu'elles protégeaient et dissimulaient, des pectoraux habilement ciselés : elles les décoraient en les rendant désirables.

Les hoplites n'étaient pas les seuls soldats à cette époque. Il y avait aussi des citoyens pauvres, qui n'étaient que légèrement armés et vêtus. Ils ne portaient qu'une tunique, drapée autour de la taille, qui, de ce fait, laissait voir les parties intimes. Quant aux jeunes esclaves, ils ne participaient pas aux combats. Tout nus, ils servaient de valets aux guerriers.

Tout cela ne doit pas cacher la guerre et ses horreurs. Ces dernières, bien réelles, n'étaient que rarement évoquées sur les poteries et reliefs décoratifs. Elles ne l'étaient qu'embellies et stylisées. Les Grecs n'aimaient que le beau. L'accent était mis sur la splendeur des corps, plus ou moins idéalisés, selon les canons de l'art hellénique.

Les combats ne se déroulaient pas que sur terre : il y en avait aussi en mer à partir des trières, longues embarcations à fond plat, comportant trois rangées superposées de marins qui étaient des hommes libres, mais issus des classes laborieuses. Ces rameurs, qui avançaient au son de la flûte, étaient assis l'un au-dessous de l'autre, à si courte distance qu'Aristophane, dans Les Grenouilles, ironisait :

« On peut péter dans la bouche du thalamite (le rameur du rang inférieur) et faire ses besoins sur son copain. »

Cette promiscuité ne manquait pas de favoriser les pratiques homosexuelles. «Partout la faveur était accordée à la pédérastie» (1), vu qu'à partir du VIIIe siècle av. J.-C., «s'était produite en Grèce une véritable explosion démographique» (1). Face au surpeuplement, des mesures étaient prises pour freiner tout accroissement de la population, au nombre desquelles l'encouragement à l'homosexualité. L'amour entre mâles était sans doute plus particulièrement pratiqué en mer.

Quant aux éphèbes, il faut retenir que ce mot n'avait pas le sens que nous lui donnons de nos jours. Il désignait les adolescents soumis durant deux ans à une sévère formation militaire en même temps qu'athlétique. La culture physique, pratiquée dans les gymnases, était le fondement de la préparation à. la guerre. Une guerre que ces peuplades, réputées civilisées, se faisaient de façon constante. Le maniement des armes était calqué sur le combat des hoplites. Les éphèbes ne combattaient pas : c'était un simulacre. Par exemple, ils exécutaient, au son de la flûte, une danse militaire qui contrefaisait les gestes guerriers. On l'appelait la pyrrhique.

Les éphèbes gambillaient tout armés, avec la panoplie des hoplites. Ils tourbillonnaient sur une musique rapide et étourdissante qui atteignait le seuil de l'orgie. Une autre épreuve consistait en une course armée à laquelle concouraient quatre garçons, également équipés en hoplites.

En Grèce, le corps était exercé à la fois pour tuer et pour plaire.


EN SAVOIR PLUS :

■ (1) La Cité grecque des origines à la défaite de Marathon, de Henri Van Effenterre, Éditions Hachette, 1988, ISBN : 2010108973

Guerre et guerriers dans la Grèce antique de Pierre Ducrey, Éditions Hachette Littérature, Collection Pluriel, 1999, [Réédition], ISBN : 2012789862

Homosexualité grecque de K.J. Dover, traduit de l'anglais par Suzanne Saïd, Éditions La Pensée Sauvage, 1982, ISBN : 2859190430

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