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Maurice, un film de James Ivory (1987)

Publié le par Jean-Yves Alt

On a parfois reproché à James Ivory une certaine froideur, une distance à l'égard de ce qu'il montre, alors qu'il s'agit plutôt d'une pudeur dans l'expression des choses décrites, un bon goût très britannique (bien qu'Ivory soit américain). Les ambiances du début du siècle conviennent parfaitement à sa façon de filmer, à son style de narration précise et feutrée.

Il y a dans l'histoire de Maurice tout ce qu'un garçon peut ressentir dans son éveil à l'homosexualité : cette sensation précoce de différence, la peur d'être rejeté par sa famille et par ses proches, la crainte même de se confier, l'illusion et l'espoir que ce n'est qu'un goût passager, l'espoir (encore !) que la science va venir à la rescousse (mais le médecin de famille de Maurice reçoit cette révélation avec répugnance), l'appréhension d'être découvert dans le milieu professionnel, le chantage qu'une telle découverte peut provoquer, le regard particulier sur le corps masculin (scène dans les vestiaires lorsque Maurice enseigne la boxe - le noble art - aux jeunes prolos de son âge), le chagrin d'être trahi et abandonné par celui qu'on aime, et au bout du compte, l'apprentissage de la solitude, l'amertume devant l'hypocrisie et l'intolérance, la répression légale vécue à juste titre comme une scandaleuse injustice.

Le jeune héros passe par tous ces états, et à ce titre, Maurice est le film exemplaire de la condition homosexuelle vue de l'intérieur, analysée dans tous ses détails sociaux, tous ses aspects psychologiques. Même dans la scène où Maurice découvre les plaisirs de la chair avec le garde-chasse Alec, James Ivory vise juste : perplexité du jeune homme d'être perçu pour ce qu'il est par un autre homosexuel, nouvelle façon, liée au sexe et non plus à l'amitié platonique, d'envisager son rapport avec les garçons.

Non seulement Maurice parvient, au terme de ce parcours quasi initiatique de connaissance de lui-même, à s'assumer, mais il rompt le clivage social : grand bourgeois hétéro, il n'aurait sûrement pas épousé une lingère, mais grand bourgeois homosexuel, il n'hésite pas à vivre avec le jeune garde-chasse qui lui-même, dans une preuve d'amour, renonce à émigrer en Argentine avec sa famille pour rester avec l'élu de son cœur.

Maurice, après nous avoir plongés dans les difficultés sociales et existentielles de l'homosexuel-type, débouche donc sur un bonheur possible dans la différence. Cet optimisme réchauffe le cœur.


Du même réalisateur : Esclaves de New-York

Lire aussi : Maurice, roman d'Edward Morgan Forster

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