On a parfois reproché à James Ivory une certaine froideur, une distance à l'égard de ce qu'il montre, alors qu'il s'agit plutôt d'une pudeur dans l'expression des choses décrites, un bon goût très britannique (bien qu'Ivory soit américain). Les ambiances du début du siècle conviennent parfaitement à sa façon de filmer, à son style de narration précise et feutrée.


Il y a dans l'histoire de Maurice tout ce qu'un garçon peut ressentir dans son éveil à l'homosexualité : cette sensation précoce de différence, la peur d'être rejeté par sa famille et par ses proches, la crainte même de se confier, l'illusion et l'espoir que ce n'est qu'un goût passager, l'espoir (encore !) que la science va venir à la rescousse (mais le médecin de famille de Maurice reçoit cette révélation avec répugnance), l'appréhension d'être découvert dans le milieu professionnel, le chantage qu'une telle découverte peut provoquer, le regard particulier sur le corps masculin (scène dans les vestiaires lorsque Maurice enseigne la boxe - le noble art - aux jeunes prolos de son âge), le chagrin d'être trahi et abandonné par celui qu'on aime, et au bout du compte, l'apprentissage de la solitude, l'amertume devant l'hypocrisie et l'intolérance, la répression légale vécue à juste titre comme une scandaleuse injustice.


Le jeune héros passe par tous ces états, et à ce titre, Maurice est le film exemplaire de la condition homosexuelle vue de l'intérieur, analysée dans tous ses détails sociaux, tous ses aspects psychologiques. Même dans la scène où Maurice découvre les plaisirs de la chair avec le garde-chasse Alec, James Ivory vise juste : perplexité du jeune homme d'être perçu pour ce qu'il est par un autre homosexuel, nouvelle façon, liée au sexe et non plus à l'amitié platonique, d'envisager son rapport avec les garçons.


Non seulement Maurice parvient, au terme de ce parcours quasi initiatique de connaissance de lui-même, à s'assumer, mais il rompt le clivage social : grand bourgeois hétéro, il n'aurait sûrement pas épousé une lingère, mais grand bourgeois homosexuel, il n'hésite pas à vivre avec le jeune garde-chasse qui lui-même, dans une preuve d'amour, renonce à émigrer en Argentine avec sa famille pour rester avec l'élu de son cœur.


Maurice, après nous avoir plongés dans les difficultés sociales et existentielles de l'homosexuel-type, débouche donc sur un bonheur possible dans la différence. Cet optimisme réchauffe le cœur.


Du même réalisateur : Esclaves de New-York

Lire aussi : Maurice, roman d'Edward Morgan Forster


Publié dans : FILMS
Retour à l'accueil



Homosexualité(s) et Littérature

sous la direction de Benoît Pivert


Le chasseur abstrait éditeur, cahier de la RAL,M n°10, mars 2009, ISBN : 9782355540448, 25 €



Vient de paraître

Discours littéraire et scientifique fin-de-siècle

La discussion sur les homosexualités dans la revue du Dr Lacassagne
Les Archives d’anthropologie criminelle (1886-1914) : autour de Marc-André Raffalovich


Editions Orizons, 2008, collection “homosexualités”, ISBN : 978-2296038196



 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



RECHERCHE THEMATIQUE par TITRE

 

Littérature & Homosexualité

 

 

Littérature jeunesse & Homosexualité

 

 

Histoire & Homosexualité

 

 

Cinéma & Homosexualité

 

 

Philosophie

 

 

Arts

 

 

Citations & Homosexualité

 

 


 

Rechercher




Des maisons d’éditions qui comptent


















"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 affiche-affiche-pierre-et-gilles-contre-homophobie.jpg

 

« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

ISIDOR.jpg


« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn



undefined

 follement-gay-lyon.gif

« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert


Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

REFERENCE-INFO.jpg



undefined

C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

Esprits Libres: votre Magazine

Liens

Syndication

  • Flux RSS des articles
Blog : Santé sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus