Lundi 19 décembre 2005

Chronique des années sida dans la bourgeoisie intello blanche de la côte Est des Etats-Unis. Fidèle, sensible, concrète. "Un compagnon de longue date" retrace, sur huit années, la vie d'un petit groupe d'homosexuels frappés de plein fouet par le sida. Tragédies personnelles, drame collectif... Ce film est le témoignage vivant de toute une génération et l'histoire d'un apprentissage politique : comment des hommes deviennent actifs, volontaires, productifs. Comment la maladie, source de souffrance, de malheur, est devenue aussi un moteur, une exigence.


L'action se passe à Los Angeles, entre 1981 et 1989. Les protagonistes ? Des garçons de vingt à quarante ans, très "comme il faut", très "middle class" : un job, une vie aisée, limpide, réglée. Tout commence avec cet article du New York Times qui, dans son édition du 3 juillet 1981, évoque l'apparition d'un "cancer rare chez quarante et un homosexuels". A partir de ce jour-là, l'existence de ce petit groupe de personnages bascule.

"Un compagnon…" retrace, sur ces huit années, la vie de ce microcosme amical et amoureux frappé de plein fouet par le sida. Le film profile, sous la trame de la fiction, le documentaire de ces années : le passage gradué de la déroute à la prise de conscience, de la panique à la mobilisation, de l'énigme (1981) à la mise au point des premiers traitements efficaces (1987), en passant par l'isolation du virus (1983) et la mise en place des tests de dépistage (1984).


Les personnages incarnent des psychologies en même temps qu'ils illustrent l'évolution d'une communauté par rapport à la montée de l'épidémie. Sans didactisme, sans schématisme, ce film apporte un témoignage vivant sur cette période, et construit une fiction vraisemblable, attrayante, avec des personnages qui ne sont pas seulement des archétypes. Avoir su doser habilement l'aspect humain (la diversité des attitudes, le bouleversement des existences, le réseau des sentiments, etc.) et le regard historique est sans doute la meilleure réussite de "Un compagnon…"


Ce film bouleverse les certitudes trop faciles sur les gays, sur leurs modes de vie, sur leur rapport à la maladie : ici, pas d'érotisme hard, pas de frénésie noctambule, de sexualité hystérique. Le cliché du "groupe à risque" est sérieusement ébranlé.


Les thèmes de l'identité homosexuelle par rapport à la famille, du sida face aux parents ou aux proches, sont totalement écartés. En faisant ce choix, le réalisateur s’est démarqué de l'approche habituelle de l'homosexualité, qui focalise souvent les relations sur la recherche d'une reconnaissance vis-à-vis des "straights". Moyen original de montrer des adultes, des jeunes gens qui s'assument - tant bien que mal - (il y a un personnage de comédien qui a peur pour sa carrière), en tout cas intégrés à la société et qui, tout à coup, se trouvent confrontés à un drame personnel et à une tragédie collective.


Un film optimiste, en somme.


Que penser de la scène finale qui rassemble tous ces "compagnons de longue date", morts et vivants, dans des retrouvailles oniriques ? Norman René a-t-il voulu montrer une résurrection ? Ou simplement célébrer le courage d'une communauté ?


par Jean-Yves publié dans : FILMS
 

Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

 


 

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