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Le café des Jules, un film de Paul Vecchiali (1988)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le café des Jules de Paul Vecchiali met en scène de façon théâtrale un texte de Jacques Nolot. On y retrouve cet effet de perversion du déroulement "normal" de la vie lorsque des circonstances imprévues font glisser les comportements sur un terrain qu'on ne maîtrise plus.

Tout se passe en une nuit dans un bar de banlieue. Plusieurs habitués attendent Christiane (Brigitte Rouan), qui a "couché" avec quelques-uns d'entre eux. On boit, on parle entre amis, lorsque survient un représentant en lingerie féminine, David (Lionel Goldstein), qui a des problèmes avec sa copine. Quand entre Christiane, une complicité se noue entre elle et cet inconnu, cet étranger au groupe.

Nolot et Vecchiali, tant dans les dialogues que dans la mise en scène et la direction d'acteurs, ont su capter ce moment précis où le jeu sympathique dérive vers le jeu dangereux, où la simple moquerie pas très méchante se mue en violence sadique, sous l'effet conjugué de l'alcool et de la dynamique de groupe qui ouvrent une faille dans les refoulements. Les vieux instincts se défoulent et les inhibitions les plus sombres s'exhibent.

Ici, le groupe de petits machos de bistrot prend d'abord pour tête de Turc le pauvre représentant en dessous féminins, déversant sur lui toute leur fantasmatique homosexuelle. Ils se déchaînent ensuite sur la pauvre Christiane que l'un d'entre eux violera sous les encouragements des copains.

Ce qu'il y a de profondément intelligent dans ce film, c'est que ce n'est pas l'homosexualité qui est perverse, c'est la manière dont un groupe d'hétéros beaufs et représentatifs du petit Français populaire se sert d'elle pour humilier et faire souffrir. C'est l'un des plus grands mérites du Café des Jules.


Du même réalisateur : Encore (Once More)

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