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Ang, Louis Lerne

Publié le par Jean-Yves

Un pays : l'Inde. Un lieu : Ang, et sa plage blanche, presque droite, bruyante de rouleaux, terre, ciel et mer confondus, noyés d'embruns. Louis, le narrateur, passe un moment de sa jeunesse entre Lena, trouble et désirable jeune femme, Emmanuel, l'adolescent qu'il s'efforce de séduire et Mi, un petit garçon qu'il joue à noyer dans les vagues...

 

Ce qui est significatif et remarquable dans l'homosexualité du narrateur, c'est son évidence, son surgissement naturel, sa simplicité. L'ambiguïté naît des comportements des autres personnages, de leurs hésitations, de leur acceptation tardive et presque toujours à contre-temps. Emmanuel avoue à Louis qu'il est jaloux : «De toi.» Mais c'est parce qu'il a appris que ce dernier a embrassé Lena et c'est pour se murer aussitôt dans le silence : «Deux mots ! Deux syllabes ! Court viatique pour tant d'années !»

 

On revient toujours sur les lieux où l'on a vécu. Louis évoque Ang comme un lieu et un moment fondateurs, vacances privilégiées où le temps s'étirait, où l'univers se résumait à une plage, quelques bungalows... C'est d'Ang que vient aussi l'attirance du narrateur pour l'eau, ses reflets chatoyants et ses pièges, l'eau qui joue un rôle majeur dans toute l'intrigue, lieu et occasion de scènes fortes qui structurent la narration. Le roman s'achève d'ailleurs sur la répétition d'une des scènes aquatiques des premières pages : «Il y avait quelqu'un... qui voulait toujours me noyer !»

 

Ang flirte avec le fantastique. Cela contribue à donner au récit un flou narratif et une ambiguïté permanente, surtout dans la seconde moitié du roman. Le rêve et le réel s'interpénètrent au point qu'il est parfois difficile de les départager : «J'ai rêvé que je revenais à Ang.» Les scènes oniriques se succèdent et l'auteur ne manque d'ailleurs pas d'évoquer Le tour d'écrou d'Henry James, lors du compte rendu par Mi des propos échangés entre Lena et Louis : «Un fantôme aime un petit garçon et une dame-fantôme aime une petite fille.»

 

Les cent premières pages (les vacances à Ang) sont les plus fortes, alors que la seconde partie tend un peu à se perdre en un kaléidoscope de scènes et de situations peu développées. Il n'en reste pas moins, malgré la volonté de l'auteur de conserver une sorte de retenue en jouant l'ellipse, qu'Ang est un roman qui parle avec talent des amours adolescentes mais surtout du souvenir et de ses pièges.

 

■ Editions Gallimard/Le Chemin, 1991, ISBN : 2070721493

 

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