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Loin du Brésil, un film de Jean-Claude Tilly (1991)

Publié le par Jean-Yves

Juliette, dans la grande propriété de Normandie où elle vit seule avec Honorine, la bonne, (depuis que son mari l'a quittée pour vivre au Brésil) attend tous ses enfants et petits enfants pour la fête des mères.


Tous viennent pour leur mère, mais les liens entre eux sont complexes et les relations tendues derrière les apparences du bonheur...


Huis clos au vitriol


Jean Claude Tilly pénètre avec ce film dans les rites d'une famille bourgeoise au charme infiniment peu discret. Loin du Brésil prend d'abord des airs bon enfant : le masque même de la cruauté. Provinciale resplendissante et fanée, Juliette - une Emmanuelle Riva tout en grâce et en glace - a convoqué les siens dans le fief familial pour une Fête des Mères de retrouvailles : galerie de portraits qui imperceptiblement vire, d'un ton de gentille ironie, à une acidité corrosive.


La blonde neurasthénique en cours de grossesse et son faux jumeau, rebelle, flanqué d'une femme impertinente qui fait métier d'écrivain ; la pin-up télévisuelle en transit entre deux reportages tiers-mondistes ; l'aîné, le quincaillier aux mains moites, nanti de sa BMW polishée, de sa bourgeoise sur son trente et un, de sa descendance en kilt, façon Sainte-Marie de Neuilly...



Enfin et surtout, le préféré, Benoît, dit « le bézot » (Christophe Huysman), affublé de son amant clandestin Kim (Eric Doye) qu'il essaie de faire passer pour « un ami », sorte de gigolo aux favoris faussement virils.


Réunion idéale, donc, sous l'œil bovin d'Honorine, la bonne obtuse (excellente Jenny Clève), et tout cela baignant dans les effluves de « mauvaise réputation » que le pays prête à Juliette : veuve joyeuse se consolant, dans la débauche d'un club très privé, de la lointaine désertion maritale.


Le film nous achemine avec un très sûr instinct dramatique vers son dénouement abrupt, lorsqu'il deviendra patent que la mascarade de ces retrouvailles indigènes a assez duré. Quand la famille révèle son vrai faciès de veulerie, d'opportunisme.


Dès lors, ce huis clos, à l'humour acide, tout en demi-teinte, franchit aussi, au dernier acte, le cap de la tragi-comédie respectable, pour passer du côté du drame. A l'instar du visage intraitable, décomposé de Juliette, Loin du Brésil bouleverse alors le château de cartes de l'attachement tribal.


« Familles, je vous hais ! » : le mot fameux de Gide pourrait être l'épigraphe de ce règlement de compte d'autant plus efficace qu'il ne s'annonce jamais pour tel. Tout comme les paroles assassines mais qui n'insistent jamais, le comique qui affleure mais sans jouer les renvois d'ascenseur à perpétuité.


Juste, précis, impitoyable, ce petit film délicatement perfide va droit au cœur : la meilleure cible.


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