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L'amant du roi Louis XIII - Luynes de Jean-Claude Pascal

Publié le par Jean-Yves

Louis XIII aima Cinq-Mars que Richelieu mit dans le lit royal pour distraire le monarque taciturne. Mais on escamote un autre amour, l'amour réciproque qui unit le dauphin, encore sous la tutelle maternelle, et Charles d'Albert de Luynes, le favori.


Le livre que consacre Jean-Claude Pascal aux dix années (1611-1621) que Louis XIII et Luynes partagèrent, dans une intimité de presque tous les instants, est exceptionnel à plus d'un titre.

- Par son honnêteté : l'auteur étaye ses révélations de documents scrupuleusement dépouillés.

- Par son courage : il ne suggère pas mais dit que Louis XIII - qui ne connut qu'une femme (la sienne, Anne d'Autriche) - aima les hommes et plus particulièrement Luynes.

- Par sa précision historique : Jean-Claude Pascal donne à voir, non seulement une intimité mais aussi tout ce qui l'entoure, la cour, le peuple, une époque encore fruste où, pour les «grands», vie privée et vie publique se conjuguaient sans tabous.

- Par la méticuleuse investigation psychologique à l'écoute des mœurs de l'époque.

- Par la sympathie profonde, la compréhension intelligente, que l'historien témoigne à ce couple hors du commun, somme toute pédérastique : un adulte, opportuniste certes, mais profondément troublé par la solitude d'un adolescent qu'écrase une mère abusive, égoïste, influençable et stupide.

Lorsque Louis XIII rencontre Luynes, il a dix ans. On connaît la légende : Charles d'Albert de Luynes s'intéresse à la chasse et aux oiseaux qui fascinent l'enfant. Il a déjà trente-quatre ans. Le roi-enfant ne veut plus le quitter. Ils deviennent inséparables. Leurs chambres communiquent par un escalier intérieur. Qu'ils aient eu des relations sensuelles (sexuelles ?) ne fait aucun doute. Luynes, comme Cinq-Mars plus tard, sont hétérosexuels. Mais on ne mesure pas, aujoud'hui, la précocité des enfants dans un siècle où l'on meurt jeune, et surtout ce que pouvait représenter de primordial d'être «choisi» par le prince.


Louis XIII détestait l'univers féminin. En revanche, très attaché à son père Henri IV dont l'assassinat le laisse très tôt meurtri, il se complaît dans le monde masculin, rassurant, la virilité des odeurs fortes (écuries, chevaux, cuir, senteurs brutales des valets), une forme de masochisme aussi et, à cinq ans déjà, il «joue» avec un soldat - Descluzeaux - dont le contact physique lui plaît. Luynes partagea le lit de Louis XIII alors que celui-ci n'avait pas encore treize ans. C'est Luynes d'ailleurs qui «obligea» le roi âgé de presque vingt ans à consommer un mariage officiellement célébré six ans auparavant.

Louis XIII eut des enfants d'Anne d'Autriche et fut très fier d'avoir fait le pas... hétérosexuel, mais de l'amour il n'est pas question, si tant est que le mot eut alors un sens à l'intérieur du mariage. Il aima Luynes et, à sa mort, cacha sa douleur.

Sa mère, Marie de Médicis, ne connut (exception faite de son royal époux, Henri IV, qui entretint plusieurs maîtresses et bâtards) que les plaisirs de Lesbos avec sa confidente de toujours : Leonora Galigaï. Laquelle épousa Concini, dont il est dit aussi qu'il évita les femmes.


L'intérêt de cette étude va au-delà du dévoilement de la sexualité et des sentiments amoureux de Louis XIII. C'est une analyse exhaustive de la première moitié du XVIIe siècle : attentats contre Henri IV, contre Concini, décapitation de la Galigaï, relégation de la régente, accès effectif au trône de Louis XIII, cabales contre Luynes, manœuvres de Richelieu dont on sait l'emprise sur le roi, plus tard, influences étrangères, diplomaties papales...

A choisir dans la richesse de l'ouvrage, je retiens volontairement le plus humain : l'amour du roi et de Luynes, oasis préservée dans l'horreur d'un règne sanglant.

■ Editions du Rocher/Histoire, 1991, ISBN : 2268011240



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