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Dossier Jacques d'Adelswärd-Fersen

Publié le par Jean-Yves

Ce dossier présenté par Patrick Cardon sur une haute figure de l'homosexualité au tout début du XXe siècle : le baron Jacques d'Adelswärd-Fersen (1880-1923) est passionnant.




D'origine suédoise, Adelswärd-Fersen publia plusieurs livres mais, méprisé par les écrivains de son temps, il doit sa renommée aux «spectacles» qu'il offrait dans son appartement de l'avenue Friedland à Paris. Devant un parterre choisi de mondains, de tous jeunes gens participitaient à des tableaux vivants, genre gréco-romain revisité par le mauvais goût fin de siècle. On y déclamait des poèmes tandis que les garçons exhibaient des nudités étrangement voilées. Cela - en fait bien innocent - donna lieu à ce que l'on appela exagérément l'«affaire des messes noires» qui brisa l'avenir du baron.



Patrick Cardon a réuni plusieurs textes rares :

- Un récit de Jean Lorrain (un autre homosexuel) : Pelléastres qui, bien que peu tendre vis-à-vis du baron, tente - tout en suscitant la curiosité malsaine de ses lecteurs - de ramener à de plus justes proportions les divertissements de ce jeune snob surtout préoccupé d'harmoniser les gemmes de ses bagues et les nuances de ses cravates.

 

- Un pamphlet de Georges Anquetil : Satan conduit le bal, qui stigmatise la vie du pédéraste notoire, un de ces déséquilibrés de l'amour, souvent affligés d'autres vices, priseurs de cocaïne, et généralement phtisiques.


- Un texte satirique d'Alfred Jarry sur le fameux baron dans le Canard sauvage (1903). En 1925 l'écrivain, dans le numéro 4 d'Inversions, tente de réhabiliter l'homme exquis et son œuvre «exquise»... Bien étrange revue qu'Inversions !

 

- Un texte racoleur et outrancier d'un certain A.S. Lagail qui fustige grossièrement Jacques d'Adelswärd : Les mémoires du baron Jacques/Lubricités infernales de la noblesse décadente. Sous le pseudonyme de Doctor A.S. Lagail, Alphonse Gallais donne libre cours à son imaginaire pornographique. Son héros raconte son enfance pervertie (rapports avec sa mère), son adolescence, sa maturité à travers toutes les figures homosexuelles (masculines et lesbiennes), hétérosexuelles, pédophiles et zoophiles imaginables. L'histoire qui devait contenter la lubricité la plus exigeante se termine sur le décès du baron Jacques mort dans une crise de folie à la prison de Fresnes, à la suite d'une opération délicate de l'anus.

Ce dossier est intéressant car il montre qu'en matière de mœurs rien ne change vraiment. Que le vice et le crime sont toujours imputés à l'homosexualité et que, sous couvert de les dénoncer, les adeptes de la morale décrivent astucieusement les fantasmes qui les hantent.

 

■ Présenté par Patrick Cardon, Cahier Gai-Kitsch-Camp, 1993, ISBN : 2908050250

 

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