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Nuit docile , un film de Guy Gilles (1987)

Publié le par Jean-Yves

Un homme, Jean, rompt avec sa femme, Stella, et rencontre un jeune tapin, Jeannot, qui se vend pour manger. Tout se passe en une nuit, nuit docile, nuit d'initiation, nuit tragique. Guy Gilles, a réalisé, plus que jamais au cœur d'un univers sombre, sans illusions, un film imprégné de la nostalgie des jeunes corps.


« Je ne rentrerai plus jamais,


c'est fini parce que je ne t'aime plus. »


Avec "Nuit docile", le spectateur est frappé par l'incessant passage du noir et blanc à la couleur. Il faut noter que, Jean, l'homme qui rompt avec sa femme, est peintre : il voit certaines choses comme des tableaux, comme il aimerait les peindre. En utilisant le noir et blanc et la couleur, le réalisateur permet de relier les retours en arrière à ce que Jean vit cette nuit là. On peut penser aussi que ce sont des images mentales qui rejoignent son univers pictural qu'il a dans sa tête.


Jean rencontre des gens, et en particulier le jeune Jeannot qui lui donne la possibilité de vivre en une nuit tout ce qu'il aurait voulu vivre durant toute sa vie. Il explique à sa femme que son sens de l'absolu le pousse à considérer l'amour d'une manière romantique mais il regrette que l'amour ne dure pas avec la force des premiers jours.



Avec l'apparition de Jeannot, Jean va vivre pleinement tout son potentiel en un laps de temps très court. Jeannot est une sorte d'accoucheur qui révèle la vérité des autres personnages. Plus exactement un accoucheur accouché, car Jean est aussi amené à faire dire des choses à Jeannot. Mais le jeune homme, qui est un cynique tendre, est tellement pris dans son style de vie qu'il ne se rend plus très bien compte de ce qu'il vit : il est dans un tel état de confusion que les choses les pires lui semblent naturelles.


Quand Jeannot dit : « La mort je la vois en face », on peut considérer qu'il est conscient de ce qu'il fait : le cœur de son personnage reste pourtant cette peur d'aimer qu'il manifeste notamment dans la cabine téléphonique lorsqu'il déclare qu'il n'aimera jamais.


Jean lui répond alors :


« Tu aimeras, tu souffriras comme tout le monde, sinon tu deviendras un vilain petit fruit sec. »


Jean, l'adulte, tient en quelque sorte un double discours, puisque avec Stella qu'il a aimée et avec Jeannot, il fait courir sur le film deux langages différents :


- En révolte contre Stella, il tient un langage plutôt dur, mais on voit dans les retours en arrière qu'à d'autres moments de leur vie commune, il n'a pas toujours parlé comme ça.


- Au contraire, l'espèce de désespoir du jeune prostitué l'amène à lui dire ce qu'il y a de beau dans la vie.


Entre cette dureté et cet enthousiasme, il y a Rémy, le cinéaste qui a aimé Jean et que Jean a aimé lorsqu'il était adolescent. Rémy est une sorte de médiateur.


"Nuit docile" oppose le visage marqué de Jean à ce qu'il était à dix-sept ans, sur la vidéo de Rémy. C'est un peu un résumé de la vie, l'altération des visages et la fixité du souvenir. Jean est court-circuité par le temps, mais c'est surtout un homme qui se sent ballotté entre sa passion de l'art et celle des êtres humains. C'est difficile pour lui de concilier ces deux passions, mais la situation est plus difficile encore pour les gens qui l'aiment : l'art est un rival pour Stella.



Du même réalisateur : Le crime d'amour


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