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Parking, un film de Jacques Demy (1985)

Publié le par Jean-Yves

Avec "Parking", Jacques Demy montre encore une fois qu'il se préoccupe des malaises et des angoisses des humains, en nous offrant les plus beaux spleens, les plus touchantes histoires d'amour.


Le mythe d'Orphée et d'Eurydice est une superbe histoire d'amour, magique. C'est un conte fantastique. Il était une fois Orphée (Francis Huster surprenant d'humilité), pop-star française au zénith de sa gloire, adulé par des milliers de fans, aimé confusément par une épouse japonaise Eurydice (Keiko Ito), et adoré jalousement par son ingénieur du son, Calaïs (Laurent Malet). Lors d'un concert, il est électrocuté par sa guitare.


La transposition est ingénieuse, et tout en jonglant avec les siècles, Demy reproduit l'exacte histoire d'Orphée.


Orphée n'avait qu'un seul souci, plaire et se faire aimer. Des hommes (somptueux et enivrant baiser entre Orphée et Calaïs), des femmes, des animaux (les biches aux abois), des plantes…


Tout irait pour le mieux du monde si Orphée n'avait pas été appelé, par erreur de programmation, aux Enfers. Renvoyé illico chez les pauvres terriens, bien qu'il puisse trahir le secret de l'au-delà.


Et là, le réalisateur a été génial et grandiose. Il a eu le déclic, en pensant aux parkings. Ces parcs à voitures ne sont-ils pas précisément des boxes pour l'autre monde ?


Une descente aux Enfers, précisément.


Peu de temps après être revenu sur terre, Orphée perd sa femme Eurydice. Pour la retrouver, il décide de rejoindre l'Enfer, là où elle est désormais...


Tous ces voyages souterrains sont filmés en noir et blanc, seules les taches rouges (le sang) colorent l'écran. Les gardiens du parking sont, légende oblige, Hadès et Perséphone, Jean Marais et Marie-France Pisier. Une drôle d'invention ce couple.


Bien sûr, Demy n'a pas pu s'empêcher de saupoudrer son film de quelques chansons, écrites par lui-même et mises en musique par Michel Legrand.


L'Orphée de Jacques Demy est bisexuel : il n'y a pas d’équivoque de ce côté-là. Et pourtant le cinéaste a joué merveilleusement avec la subtilité et le tact. Son film n'est ni un drame bourgeois, ni du boulevard. Quand Calaïs pleure de jalousie, Orphée chante : « Entre vous deux mon cœur balance. » Il suffit d’écouter le texte…


Loin de toute préoccupation mode, Demy s'est donné les moyens de faire un pied de nez à la mythologie, en nous brossant un nouveau code amoureux, une nouvelle Carte du Tendre...


Garez-vous, et profitez de ce délicieux voyage pour l'Enfer.


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