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Jacques 1er Stuart de Michel Duchein

Publié le par Jean-Yves

S'il ne fut ni le meilleur ni le pire roi d'Angleterre, Jacques Ier Stuart est sans conteste l'un des moins connus en France. La biographie que lui a consacré Michel Duchein nous fait découvrir le monarque mais aussi l'homme, qui n'était pas insensible au charme viril...


Dans l'histoire britannique, il est connu sous les noms de Jacques VI et Jacques Ier : roi d'Ecosse d'abord pendant trente-six ans (c'est Jacques VI) puis roi d'Angleterre pendant vingt-deux ans (c'est Jacques Ier). Ce curieux destin est le fruit d'une généalogie et d'une situation politique très complexes.

Jacques naît en 1566 dans un pays déchiré par d'âpres conflits religieux et féodaux, l'Ecosse, et au sein d'un foyer désuni. Sa mère, la reine Marie Stuart, est forcée d'abdiquer l'année suivante après l'assassinat de son mari. A l'âge d'un an, Jacques est couronné roi d'Ecosse et sans cesse ballotté d'un régent à l'autre. Coups d'Etat, intrigues, trahisons, meurtres forment le lot de ces années troublées durant lesquelles Marie Stuart, réfugiée en Angleterre sous la garde vigilante de la reine Elisabeth Ière, tente en vain de reconquérir le trône.

Dès son adolescence, Jacques montre son attirance pour les beaux garçons. En 1579, il tombe amoureux d'un vague cousin français, Esmée d'Aubigny, «l'incarnation même de l'élégance et de la séduction». En quelques mois, l'arriviste devient l'un des plus importants personnages du royaume d'Ecosse. Il n'est que le premier d'une longue série de favoris qui n'auront pas tous, loin de là, la meilleure influence sur le roi. Il en est ainsi de Patrick Gray, un jeune noble écossais, sinistre agent double mais dont le mérite est d'avoir «la beauté et la perversité d'un Lucifer» ou encore d'Edouard Wotton, un envoyé d'Elisabeth.

Durant toutes ces années où il règne sur l'Ecosse, Jacques n'a qu'une ambition : succéder à la reine d'Angleterre. Les obstacles à son projet s'abattent peu à peu : en 1587, Marie Stuart est décapitée sur ordre d'Elisabeth à la suite d'un obscur complot. Jacques épouse à vingt-trois ans Anne de Danemark qui lui donnera trois enfants : Henri, Elisabeth (l'ancêtre de la famille royale actuelle) et Charles, le futur Charles Ier d'Angleterre. Enfin, en 1603, Jacques VI d'Ecosse devient, à la mort d'Elisabeth, Jacques Ier d'Angleterre et foule pour la première fois le sol de son nouveau royaume. Pendant quelque temps, c'est l'état de grâce. Mais très vite, les problèmes apparaissent. Le Parlement n'entend pas se laisser manipuler par le roi et devient de plus en plus opposant. Circonstance aggravante, les caisses sont dramatiquement vides, ce qui n'empêche d'ailleurs pas Jacques Ier de se livrer à son péché mignon : la générosité.

Ce sont d'abord ses favoris qui en profitent largement. Jacques n'hésite pas à les couvrir de cadeaux et de distinctions, ce qui n'est pas toujours du meilleur effet. Deux hommes marqueront, de manière très différente, son règne. Robert Carr d'abord, un superbe athlète blond que le roi rencontre en 1607. C'est le plus important des amants que Jacques Ier ait jamais eus jusqu'alors. En deux années, il atteint le faîte des honneurs. Mais jouisseur sans ambition, il passera à côté du destin que Jacques lui réserve. C'est George Villiers qui atteindra ce stade suprême de la puissance aux côtés du roi auquel il est présenté en 1614.




Ce jeune noble pauvre mais au «charme irrésistible» (il a alors vingt-deux ans) ne pouvait manquer de séduire le monarque déjà vieillissant.


Au contraire des précédents, il ne semble pas que George Villiers ait été l'amant du roi. Mais la passion de celui-ci n'en est que plus forte et la carrière vertigineuse de son protégé le montre assez clairement.


Très supérieur intellectuellement à Robert Carr, éloigné définitivement après un procès retentissant, Villiers, qui reste inscrit dans l'histoire sous le nom de duc de Buckingham, réussit la performance d'être jusqu'au bout dans les meilleurs termes avec la reine et le prince héritier.




Sur le plan politique, les deux grandes idées de Jacques Ier réclament toute l'énergie qu'il ne dépense pas à la chasse, son occupation favorite, sans qu'il parvienne toutefois à les faire aboutir. Son désir d'unir les deux royaumes d'Ecosse et d'Angleterre se heurte à une inflexible fin de non-recevoir de la part du Parlement qui n'entend pas plus approuver l'alliance avec Madrid et le mariage anglo-espagnol que Jacques Ier ne cesse d'appeler de ses vœux. A sa mort, en 1625, le bilan du règne est contrasté.

Avec lui, c'est une image pittoresque, généreuse et assez anticonformiste de la couronne anglaise qui s'évanouit. Trois ans après sa mort, Buckingham, son grand amour, est assassiné. Et vingt ans plus tard, c'est Charles Ier, son fils, qui meurt décapité, comme l'avait été Marie Stuart.


■ Fayard - Biographies, 2003, ISBN : 2213614091


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