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Solitude du coureur de fond...

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans "La fin de Satan", long poème épique inachevé, Victor Hugo écrit ce vers implacable et terrible :

« L'enfer est tout entier dans ce mot : solitude »

A l'inverse, les philosophies de la sagesse considèrent la solitude comme une nécessité favorable à la méditation, à l'épanouissement ou la fortification de l'âme.

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que le cinéma et la littérature sont plus enclins à vérifier la maxime hugolienne qu'à illustrer les chemins de la plénitude. La solitude au cinéma est généralement liée au malheur, au désespoir : elle est négative et douloureuse, rarement douce et salvatrice. Elle est un ingrédient privilégié de la souffrance moderne, comme en témoigne "La solitude du coureur de fond" (film de Tony Richardson, 1962) qui avait l'ambition de mettre en relief la dureté des réalités sociales.

Pour son réalisateur, l'isolement du sportif est le symbole de la route solitaire de la vie. Le jeune Smith (joué par Tom Courtenay) a été placé dans un centre de redressement à la suite d'un vol ; ses dons pour la course de fond l'amènent à devenir le champion du centre, capable de remporter l'épreuve de cross annuelle qui oppose les taulards à l'équipe d'une école privée traditionnelle. Le sport devient l'enjeu de la réinsertion sociale, la victoire de Smith signifierait pour lui la fin de la révolte, elle le mettrait en porte-à-faux par rapport à sa classe sociale déshéritée dont de nombreux flash-backs montrent la misère.

Smith, en refusant le succès qui lui ouvrirait les portes d'une carrière sportive à la fois récupératrice et promotionnelle, préserve sa liberté face au système : sa course solitaire reprend dans le décor tout de grisaille, avec, en dépit de l'humour qui parcourt le film, une note amère de fatalisme social.

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