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La vie exagérée de Martin Romana, Alfredo Bryce-Echenique

Publié le par Jean-Yves Alt

Il arrive qu'un écrivain, sans jamais parler de l'enfance directement, nous jette droit dans l'atrocité avec un roman sur l'âge adulte, qui étrangement ne dit que l'enfance, la course effrénée vers un paradis à l'envers.

Il est très difficile de chroniquer l'énorme roman de Bryce-Echenique (plus de 670 pages). Il a l'impétuosité des torrents et l'analyser serait aussi audacieux que d'arrêter le cours de l'eau.

Il faudrait dire mai 68, la colonie sud-américaine à Paris, l'Espagne, la sexualité, l'errance, les dérisions de la politique... tout cela dans une seule gorgée infinie.

Je choisis de parler de Martin Romana et de sa femme Inès : de leur amour, de ce matelas creusé où ils font l'amour, cette combe où ils se retrouvent dans un corps à corps que le jour détruit ou transforme en guerre.

Martin Romana est un enfant, du moins pour sa femme, si belle et si dure. Inès c'est Freud et Marx à la place des livres de cuisine qui chanteraient plus tendrement au cœur de son mari.

Martin vit l'effroyable catastrophe d'être intelligent et lucide mais de se soumettre à autrui qu'il croit toujours supérieur ou du moins plus sûr des valeurs du siècle.

Sacré Martin, pauvre Martin, bourré de valium qui devient fou pour garder sa femme trop belle, trop parfaite… parce que tout le monde le dit.

Martin Romana, un rire énorme, libérateur mais si tendre, fin et doux comme le désespoir.

Pour lire Bryce-Echenique il faut accepter d'être bousculé, emporté par un flot verbal, une dysenterie de mots qui a l'apparence de l'abandon mais nous ramène toujours à ce fil tendre, doux (etc...) qui est le cœur de Martin, dans son fauteuil Voltaire (il y a d'ailleurs du Candide en lui) en train de ressasser cette putain de vie et le départ d'Inès qui de toute manière est partie. Pourtant Martin lui a fait le coup de la maladie, une constipation/conspiration, un ventre rempli de merde, à crever pour que « tu ne me quittes pas ma belle, dure Inès... »

Attention, lecteurs méticuleux, ennemis du paradoxe et de la folie, abstenez-vous. Martin Romana ne vous laissera pas intacts.

■ La vie exagérée de Martin Romana, Alfredo Bryce-Echenique, Editions du Seuil, Collection Points Roman, 1991, ISBN : 2020132265

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