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Mon regard sur le retable de saint Sébastien au musée de l'Œuvre Notre Dame à Strasbourg

Publié le par Jean-Yves

Les archers-bourreaux, à la droite de Sébastien, ont-ils commencé leur besogne ? C’est vraisemblable à découvrir quelques traces de sang sur les membres du saint.


La particularité de la construction de cette scène, c’est qu’elle m’installe comme un pur témoin de l’exécution de Sébastien. Il m’est impossible, du fait qu’aucune flèche ne soit entrée « de face » dans son corps, de m’identifier aux bourreaux. Je ne puis prendre la position d’un viseur balistique, ce qui conditionne en moi, ma lecture que je fais de ce corps de Sébastien.


Aimer dans la passion, c'est mourir à soi, se fondre dans l'autre, se perdre ; c'est consentir à la mort. Je vois dans le regard quasi extatique de Sébastien pas autre chose qu’un soubresaut d'amour. Ambiguïté de la passion qui s'offre.



Anonyme – Retable de Saint Sébastien – vers 1520

Bois (tilleul ?) polychromé, provient de l'église Saint Pierre et Saint Paul de Neuwiller-lès-Saverne (Bas Rhin), Musée de l'Œuvre Notre Dame, Strasbourg


Ce qui tue Sébastien, c'est sa foi, me dit la religion. Affirmation d'un ordre mystérieux. Et si son corps offert à la mort exprimait également cette volonté secrète du martyre ? Si son agonie constituait l'essence même de ses rêveries. Emanation du plaisir de mourir…


L'iconographie de Sébastien, une fois encore, fait plus que guider mes rêves : elle m’interroge sur l'essentiel. La plus profonde ambiguïté de l’homme ne tiendrait-elle pas à la nature même de sa quête, le pur plaisir. Si le plaisir accompagne la mort, il ne reste qu'à agoniser, percé de flèches. Retrouvailles avec la grande complainte des amours fatales.



L'amour reste à inventer, j'en suis convaincu ; un amour qui délivre Sébastien et chacun de nous des sortilèges du plaisir. Car le plaisir consent toujours à tout, même au plus atroce. Un amour qui concilie la chair et le sacré peut-il se vivre ?


Le visage de ce Sébastien me défie, ironique, ambigu. Rêver de ma mort ou risquer de vivre ma vie ?



Merci à Jean-Christophe. Article écrit le 14 avril 2008 et, sans aucun doute, influencé par les nombreux articles de la rubrique « Intimités » de ce même Jean-Christophe.


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