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A strange love affair, un film d'Eric de Kuyper et de Paul Verstraten (1985)

Publié le par Jean-Yves Alt

A travers sa fascination pour l'un de ses étudiants, Michael, professeur d'esthétique du cinéma, retourne aux sources de son passé, et revit son « étrange histoire d'amour » avec le père de son élève, étudiant lui aussi, quelques années plus tôt.

Etranges amours

Michael est ébloui devant un de ses étudiants qui réalise un exposé sur une scène d'amour du film "Johnny Guitar". Des liens se nouent, l'adolescent amène alors Michael à Bruxelles, chez ses parents. Là, surprise : Jim, le père du jeune homme est l'ancien amant, perdu depuis seize ans, de Michael, qui le cherchait à travers l’œuvre de… Nicolas Ray, le réalisateur du film que son fils a si brillamment analysé.

Eric De Kuyper et de Paul Verstraten, les deux réalisateurs, tour à tour critiques, scénaristes et maîtres de conférence sur le septième art, livrent ici une œuvre d'une déconcertante pudeur et d'un grand intérêt. Alors que le sujet peut prêter à la confusion des sentiments, mais surtout de l'intrigue, De Kuyper et Verstraten, habiles meneurs de jeu, dérivent sur les rapports amoureux sans jamais tomber dans les clichés.

« En optant pour des personnages masculins, expliquent-ils dans un document qui accompagnait le film à sa sortie, il s'agissait pour nous de ne pas glisser dans un discours préétabli autre, celui de l'homosexualité. Un exercice d'équilibre s'imposait donc : éviter que les spectateurs récupèrent le thème de l'amour par les code usuels, de nos jours du discours homosexuel ; d'autre part, suggérer que ce choix homosexuel permettrait de préciser à nouveau les rapports amoureux. La notion d'asynchronisme est à la base de notre amour occidental : trop tôt, trop tard. Jamais là où on le voudrait, où on l'attendrait. Encore faut-il qu'on sache ce que l'on veut ! »

Leur discours rejoint le fil conducteur et les garde-fous qu'ils se sont donnés, pour mener à bien leur « étrange histoire d'amour ». Etrange et surprenante, car le spectateur navigue quelquefois en eaux troubles, plus précisément à partir du moment où Michael retrouve Jim, ne sachant plus très bien quand s'arrête la réalité et quand commence le flash-back. Malgré ces quelques regrettables dérivations, ce film est à voir si l'occasion se représente.

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