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Cités de la nuit (Nighthawks), un film de Ron Peck et Paul Hallam (1979)

Publié le par Jean-Yves

Jim, professeur de géographie dans un collège d'enseignement technique de Londres, mène une double vie ; enseignant le jour, il fréquente, la nuit, les pubs et les discothèques homosexuelles à la recherche d'un compagnon de quelques heures, de quelques jours ou, plus rarement, de quelques mois.

 

Il se lie d'amitié avec Judy, une jeune collègue enseignante qui lui confie ses problèmes conjugaux. Découvert par ses élèves, Jim revendiquera son homosexualité au grand jour et devra essuyer les reproches du directeur de l'école où il enseigne. Et puis il retournera au « Back Streets » ou au « Rainbow » à la recherche de nouvelles rencontres...

 

Ce film présente la césure douloureuse dans l'identité de Jim : celle d'être professeur et "oiseau de nuit", tout le temps à la recherche d'une véritable communication.

 

Lorsque la nuit tombe sur la grande cité, les oiseaux du soir, les « nighthawks » sortent de leur repaire à la recherche de nouvelles proies...

 

Cette métaphore animale est en fait l'essence même de ce film. Dans les discothèques « gay » où règnent l'anonymat, l'ennui et l'indifférence, les êtres solitaires, en quête d'un compagnon, sont alignés dans le couloir lugubre qui mène à la sortie, attendant, espérant, une rencontre éventuelle. Comme chez les oiseaux nocturnes, le regard, les yeux jouent un rôle essentiel.

 

Mais dans cette volière où seuls priment les contacts physiques, il reste bien peu de place pour la sentimentalité ; les rencontres seront brèves et éphémères et au petit jour ce sera un autre rituel inéluctable ; celui de l'échange des numéros de téléphone avec la promesse d'un rendez-vous éventuel mais peu probable. Et puis c'est le retour au travail, à l'école où il faut parler à des enfants qui se moquent de ce qu'on tente de leur enseigner...

 

Le propos de Ron Peck est de dédramatiser l'homosexualité masculine en la restituant dans sa banalité quotidienne.

 

Lorsque Jim par l'entremise de Judy a un aperçu sur le monde hétérosexuel il constatera que les rapports entre les êtres sont finalement assez similaires et que dominent les mêmes sentiments : frustration, ennui, lassitude, jalousie.

 

La scène la plus forte du film est celle où Jim révèle son homosexualité à ses élèves et doit affronter les questions scabreuses de sa classe. Ron Peck adresse là un plaidoyer discret mais efficace en faveur de l'acceptation de l'homosexualité, du droit à la différence et une critique indirecte de l'éducation familiale et scolaire qui dictent les normes de comportement en déterminant arbitrairement ce qui est normal et ce qui ne l'est pas.

 

Cette dédramatisation de l'homosexualité est d'autant plus forte qu'elle ne tombe jamais dans le prêche militant. Ce film dépeint avec tact et discrétion la solitude homosexuelle.

 

 

Le problème c'est toujours celui qui est en manque d'affection, de tendresse, de chaleur humaine. C'est toujours celui qui doit se cacher, ce perpétuel inquiet, cet enfant esseulé, apeuré, mal dans sa peau. Celui qui se forge sa prison, son cachot en tant qu'il est maudit. Il doit subir sa propre malédiction laquelle entraîne un désarroi, un manque à vivre évident.

 

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