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Le rebelle, un film de Gérard Blain (1980)

Publié le par Jean-Yves

La pureté (prolétaire) contre le vice (capitaliste) est-elle toujours séduisante quand le gentil est hétéro et le méchant homo ?


Un jeune homme, Pierre (Patrick Norbert), dans une banlieue triste, en révolte contre tous les pourrissements, est obligé de céder aux chantages d'un homo riche et puissant, Hubert Beaufils (Michel Subor) car ce dernier l'a surpris en train de forcer une serrure de voiture. C'est le seul moyen pour lui de trouver un travail qui lui éviterait de laisser sa petite sœur Nathalie (Isabelle Rosais) partir dans un centre d'éducation spécialisée après la mort de la mère. Pierre, qui n'accepte pas les propositions sexuelles de Beaufils aux allures de chantage, finira par tuer le pédé. Il est alors lâché par ses "amis", Alain (Jean-Jacques Aublanc) et Corinne (Françoise Michaud), jeunes universitaires aux idées révolutionnaires, qu'il avait rencontrés à la suite d'un meeting communiste. Pierre est arrêté. Nathalie éclate en sanglots. En guise d'adieu, Pierre lui dit : « Il ne faut pas pleurer, Nathalie... Faut se battre. »


Gérard Blain n'a pas choisi de montrer - à travers le personnage d'Hubert Beaufils - une image de l'homosexualité militante ou sentimentale. Il a fait du personnage homo, un bourgeois vicelard voire traître, image finalement bien plus ancienne et perverse que celle de la folle, colorée. Comme si, à cette époque, 1980, l'homosexualité était acquise, les préjugés morts. En montrant un sale pédé, le cinéaste aurait-il lever un tabou ? Je me demande comment a pu être reçu - en 1980 - par le spectateur cette image ? N'a-t-elle pas été vue uniquement comme l'expression d'un moralisme conventionnel ?


Moralisme conventionnel d'autant que ce film défend aussi l'idée que la famille est la cellule sociale de base, qu'il faut la défendre contre le capitalisme. Cette cellule est même d'une pureté intangible. Pierre, le rebelle est en plus totalement asexué. Seules ses relations avec sa sœur sont empreintes d'une certaine sensualité, bien vite éludée. Serait-ce donc lui, le héros total ? Le révolutionnaire. Car c'est une rengaine déjà entendue, « la révolution n'a pas de sexe ».


Sous couvert de grands sentiments et de nobles rébellions, "Le Rebelle" ne ressasse que les grands thèmes de l'hétérocratie, sous la forme d'un véritable mélo. Mais un mélo mal fait qui se prend au sérieux.


Pour finir, Pierre-le-rebelle tue-t-il le capitaliste ou le pédé ?


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