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Angel, un film de George Katakouzinos (1982)

Publié le par Jean-Yves

L'histoire vraie d'un jeune homosexuel qui, pressé par son amant de se travestir pour se prostituer, ne peut supporter le poids de la violence et de la frustration qui empoisonne son existence.


Violence et irrationalité de la passion amoureuse


La passion d'Anguelos pour Mihalis - où la sérénité est totalement absente - est avant tout le lieu privilégié de la souffrance, de la blessure intime, de la faille qui fait plonger l'être tout entier dans le gouffre de sa solitude : sa lucidité - tout autant que sa déraison - le mène au cauchemar, et ce cauchemar devient source d'existence.


L'absence de sérénité apparaît aussi dans le cadre de vie du jeune Anguelos : milieu très populaire de la banlieue d'Athènes, ambiance familiale insupportable, besoin effréné de tendresse, d'amour, de passion. Besoin de donner sans réserve, besoin de se donner corps et âme. Anguelos (Michael Maniatis) est impliqué dans une quête impossible, impossible parce que disproportionnée : l'homme qu'il aime et en qui il a placé toute sa foi dans un abandon quasiment religieux ne peut donner plus que ce dont il est capable : comme Mihalis (Dionyssis Xanthos) est un « traître », un médiocre, un raté, il ne peut donner que de la trahison et de la médiocrité : en cela, ce film ressemble étrangement à la passion d'Henri pour Jean dans L'homme blessé de Patrice Chéreau.


Ces valeurs négatives deviennent grandes et pathétiques, parce qu'il y a l'amour, ce ciment ravageur, qui les transforme et les sanctifie. C'est ce « miracle » qui fait peur, car le véritable visage de l'amour échappe ainsi aux barrières, aux garde-fous patiemment construits par la raison pour créer un semblant de sécurité. La passion amoureuse révèle une fois encore son pouvoir indéfini d'irrationalité et de subversion.


La force physique de Mihalis est un facteur supplémentaire de fascination sur Anguelos : Katakouzinos a utilisé (comme Chéreau d'ailleurs) le décor d'une fête foraine où Mihalis exhibe la force de son coup de poing sur un punching-ball.


Mihalis évolue dans un milieu interlope et trempe dans des affaires de prostitution. A la fin Anguelos l'égorge dans son sommeil : le meurtre de Mihalis participant de la punition, du ressentiment, de l'illustration émouvante et mélodramatique d'un fait divers authentique.


Personnellement, je n'ai pas ressenti que ce meurtre participe à une métaphore ni qu'il s'inscrive dans une vérité des tréfonds de l'âme humaine qui dépasserait une simple histoire d'homosexualité : ce qui fait que ce film n'a pas réussi à me transmettre des émotions intenses.


Le réalisateur n'a pas à mené à terme le voyage ambigu où le spectateur aurait pu s'interroger : celui au pays de ses démons car ce sont eux qui dérangent le plus.


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