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La photo, un film de Nico Papatakis (1986)

Publié le par Jean-Yves

Un film qui mêle les genres : sur fond politique (le régime militaire des colonels dans la Grèce de 1971, et la difficulté d'intégration des immigrés à Paris), c'est une comédie de mœurs en même temps qu'un suspense tragique et une allégorie poétique.


L'argument en est simple : Ilyas, qui a quitté la Grèce qui est alors sous le régime des Colonels, fait tomber la photo d'une chanteuse et dit à son cousin que c'est sa sœur. Gérassimos tombe amoureux de la photo, et Ilyas pousse jusqu'au bout ce mensonge avec beaucoup de mauvaise conscience, car il s'est mis à aimer passionnément son cousin.


Une amitié-passion entre le jeune Ilyas et son cousin « parisien » Gérassimos, qui se développe sur fond de trahison, et ne peut qu'aboutir au drame :


Amitié-passion entre deux hommes, sorte d'homosexualité sans sexe, retardement infini de l'orgasme pris de vitesse par le mécanisme tragique, "La Photo" va plus loin que la simple idée de sexe suggérée par le mot homosexualité, peut-être justement parce que le film ne montre pas de sexe.

Tuer par amour


L'amitié que porte Ilyas pour Gérassimos contient en elle le germe de la trahison. Le jeune trahit moins par volonté délibérée de trahison qu'en raison de l'intervention du destin, donc d'un élément qui lui échappe. Il y a cette photo qui occasionne un petit mensonge, sur lequel il lui est désormais impossible de revenir. Il est pris alors entre l'amour réel qu'il porte à cet homme et l'impossibilité de lui révéler sa trahison. Quant au personnage féminin du trio de "La Photo", il est mythique, il représente une sorte d'idéal de la féminité pour lequel Gérassimos s'est enflammé. Et c'est pour que Gérassimos ne soit pas déçu par la réalité, qu'Ilyas, par amour, provoquera sa mort.

Le réalisateur : Né à Addis-Abbeba en 1918 d'un père grec et d'une mère éthiopienne, Nico Papatakis a été l'intime de tout le Paris existentialiste des années 50 : son cabaret "La Rose rouge" a contribué notamment au lancement de Juliette Gréco, de Mouloudji, du mime Marceau ou d'Yves Robert. C'est lui qui produit, en 1950, le seul film de Jean Genet, Chant d'amour. Soutenu par Sartre, Breton, Beauvoir, Genet, Malraux, il voit son premier film "Les Abysses" sélectionné au Festival de Cannes, en 1963 (c'est le seul film qui représente la France cette année-là !) : l'histoire est tirée de l'affaire des sœurs Papin, qui massacrèrent leurs patrons, et dont Genet s'inspira dans "Les Bonnes".



Du même réalisateur : Les équilibristes (1991)


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