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Avec Le Parmesan, le peintre est un « joueur »

Publié le par Jean-Yves

Étonnant, cet autoportrait du peintre ! Mais, s'agit-il vraiment d'un portrait ?


Le Parmesan a-t-il voulu s'amuser avec son image, la modifier, et, donc en disposer ? C'est ce pouvoir du peintre – faiseur de miracles visuels – qui me fascine.


L'illusion concerne non pas la peinture mais le miroir parce que le premier élément que j’ai perçu dans cette œuvre est la surface bombée du miroir convexe.


En oubliant que je suis face à une peinture, Le Parmesan [Francesco Mazzola, dit Il Parmigianino] a réussi à me piéger : ce que j'ai regardé d'abord, c'est une image reflétée.


J'ai cru donc, un instant, voir une image dans un véritable miroir. Et si cette illusion a fonctionné si bien, c'est parce mon appréhension visuelle de cet objet a été instantanée.



Le Parmesan – Autoportrait dans un miroir convexe – vers 1524

Huile sur bois, diamètre 24,4 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne


Parce que la surface du miroir fait écran, l'image reflétée est très simple. La main sert de lien entre la surface du miroir et l'arrière-plan où est située la tête. Les détails des vêtements et le fond sont réduits à une expression sommaire.


Ce qui m'envoûte dans ce tableau n'est pas son réalisme mais son « côté » bizarre : je suis étonné non par la maîtrise technique, mais, intellectuellement, par une double modification :

- celle qui consiste à réaliser un autoportrait où le peintre a choisi de déformer son portrait.

- celle qui consiste à transformer ma perception en me faisant croire être devant un miroir et non une peinture.

Cette double modification n'a pas produit une représentation disharmonieuse. Bien au contraire, la main est certes disproportionnée mais très sensuelle, tandis que le visage est plus celui d'un ange que celui d'un homme.


Ce portrait prend ainsi une orientation à la fois artificielle et merveilleuse. Il ne décrit pas une individualité, il n'expose pas un état, au sens social du terme. Le Parmesan a réussi un magnifique autoportrait allégorique (son sourire mystérieux en dit long sur les mystères de l'illusion) et arbitraire (comme tout jeu).


Le Parmesan aurait-il voulu dire que le monde est un labyrinthe dans lequel on peut éprouver le plaisir de se sentir perdu ?


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