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L'indistinction chez Altdorfer

Publié le par Jean-Yves

« Quiétude des bois qui envahissent l'espace, mais où l'arbre s'écoule vers le bas et veut toucher le sol de ses lichens, griffes d'un végétal... »


Ces vers de Maurice Guillaud évoquent combien le végétal étreint ici les êtres vivants.


Le tableau est entièrement couvert d'un immense rideau de feuillages sans autre ouverture sur les lointains que ce petit coin de ciel, lui-même compressé par le poids énorme des frondaisons qui le surplombent.


La forêt n'est pas une simple toile de fond. Saint Georges et le dragon se fondent dans la nature au point de disparaître. Il n'y a aucune différenciation de facture entre les éléments constitutifs du tableau. La surface est unifiée par un graphisme qui exprime les forces qui circulent à travers toute la nature.




Albrecht Altdorfer, Paysage avec saint Georges combattant le dragon, vers 1510

Alte Pinakothek de Munich


Les figures elles-mêmes sont soumises à ce traitement et saint Georges se confond avec le monde qui l'entoure. Il est immobilisé, ainsi que le monstre, comme figé sous l'emprise d'une nature exubérante. Le règne végétal impose ses lois. La forêt est comme un organisme vivant, cohérent dans ses parties et qui ne comporte aucune différence entre le haut et le bas, la gauche et la droite. La forêt se continue à l'extérieur du champ de l'image.


Ainsi, tous les endroits de la toile ont la même importance.


Effectuer des distinctions, donner à voir parmi un ensemble compliqué, aider à déceler le sens des choses, tel est ce que je ressens devant ce tableau : m'amener à chercher et à trouver – après la frustration de l'indistinction – ce qu'il faut voir dans toute la complexité du monde. De là, le grand plaisir esthétique de la découverte.


L'indistinction des choses est source de plaisir pour les yeux qui sollicitent des repères de lecture parmi une morne surface. Ici, les feuillages, les buissons et les fougères, dessinés avec minutie, enveloppent des figures qui se résorbent dans un décor compliqué par un excès de détails répétés. Je reste fasciné, comme le sont, face à face saint Georges et le dragon.


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