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Quand le photographe Tress rime avec stress…

Publié le par Jean-Yves

Qui le nierait ? L'œuvre du photographe Tress fascine. Né à Brooklyn en 1940, diplômé du Bard Collège de New York, d'abord grand voyageur et photographe-ethnographe, ayant étudié les groupes ethniques défavorisés, il prend son essor d'artiste en ne cachant pas son attrait pour le surréalisme, l'irrationnel, les écrits de Jung et d'Eliade.


Yves Navarre a excellemment parlé de son travail, dans l'ouvrage Facing Up (1) : l'auteur du « Jardin d'acclimatation » donne libre cours à ses fantasmes et à son érotisme personnel.



Écoutons-le :




« Voici Tress, prénom Arthur, guetteur, voyeur, truqueur, croqueur, adorateur de sa ville et de sa vie, gardien de ses propres rêves, maniaque, obsédé, tourmenté, serein quand l'image qu'il crée est très exactement l'image qui le devance dans cette ville (New-York City), moqueur si on le juge, jamais là quand on lui parle. Tress est le plus grand étourdi de sa ville. Rien ne l'intéresse que cette élection-érection là. Tout ce qui traîne est à lui. Il est tombé dans la caisse à outils des rêves sensuels, des solitudes corporelles, d'un entre-deux-âges, où le face à face, partie à trois, donne tour à tour le droit de jouir, à la ville, à l'autre ou à soi-même. Mais il n'y a jamais de couple véritable. Les jouissances sont toujours solitaires, cruelles parce qu'à cru, dans le sens où l'on monte à cru un cheval pour s'enfuir, rebelle, sous le nez des juges et justiciers.



[…] Or, l'imaginaire de New-York City est tout entier réel, réaliste, dans la pierre, le fer, la ferraille, le somptueux ou le famélique, l'attirail, le décrépi ou le charmant. Tout, sauf le pittoresque. Y voir du pittoresque, c'est ne pas vouloir regarder, aimer cette ville qui a la folie d'être verticale et qui a eu l'audace de faire un trou dans le ciel, donnant le vertige à tous ceux qui y passent, à tous ceux qui y vivent. Les photos de Tress ont ceci de flagrant, flagrant délit, et de fort, qu'il ne faut pas les lire comme des exploits, un spectacle, mais bien comme des constats, une empoignade, passage de quelqu'un qui ne veut pas revenir ailleurs, et qui se perd dedans, dedans la ville, dedans cette ville. Je connais Arthur Tress : je ne le connais pas du tout. […] Je connais son adresse par cœur, Riverside Drive, c'est tout près des docks. Des docks désaffectés : il n'y a pas de départ. Je crois qu'il ira jusqu'au bout de son histoire, quelques rouleaux-photo, vierges, dans sa tête. »


Yves Navarre




(1) Facing Up, Arthur Tress, Editions Bernard Letu (Genève), 1980, ISBN : 288051074


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