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Injure

Publié le par Jean-Yves

« (…) Tout d’abord l’injure renvoie à l’anormalité, à l’infériorité d’un individu ou d’une catégorie d’individus désignés par rapport aux autres : elle les hiérarchise arbitrairement. Mais plus fondamentalement encore l’injure participe également à la construction intime de l’identité de celui ou celle à qui elle s’adresse, d’une personnalité nécessairement inférieure. Et ce, qu’elle soit ouvertement proférée ou plus insidieusement, que l’appréhension de sa violence en fasse une menace permanente.


La force de l’injure ne réside d’ailleurs pas seulement dans la conscience qu’a son destinataire de pouvoir être, à un moment ou à un autre, assigné à cette place inférieure. Elle tient aussi au profond ancrage de ces valeurs d’exclusion dans le langage commun, celui-là même que tout individu se voit inculquer. A l’égard des gays et des lesbiennes, l’expérience de ce langage a pour conséquence supplémentaire de formater des personnalités qui intègrent totalement, en leur conférant le caractère d’une évidence indépassable, les sentiments de honte, de peur et d’infériorité sociale qu’il suscite et perpétuent la représentation d’une hiérarchie sociale arbitraire.


Par le biais de l’insulte, au travers de sa force et de son efficacité, le langage se révèle être un vecteur important de l’homophobie. Mais les mots ne sont pas seulement des agressions ponctuelles. En substance, ils traduisent et perpétuent la représentation d’une hiérarchie sociale arbitraire déterminée par l’orientation sexuelle. Plus encore il peut ne pas s’agir seulement de formules objectivement violentes (« sale pédé », « sale gouine »), mais également, de manière plus globale, de l’ensemble des discours qui élaborent, justifient ou expriment la discrimination à l’encontre de l’homosexualité. (…) »


Daniel Borrillo et Thomas Formond


in Dictionnaire de l’homophobie, Paris, PUF, 2003, ISBN : 2130535828, pp.235-236


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