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Dans l'épouvante le sourire aux lèvres de Marcel Jouhandeau

Publié le par Jean-Yves

N'est-il rien de plus exaltant que les moments où nous nous sentons frémir d'être ce vivant qui se voit vivre ?

 

Jouhandeau écrit jusqu'au dernier souffle. Beau vieillard égocentrique, magnifique solitaire, il note dans son journalier n°XXVIII, les événements anodins et les réflexions ultimes de décembre 1973 à Noël 1974.

 

Une année exactement dans son refuge : la mort rampe sûrement dans les combles et un enfant de douze ans, Marc, joue dans le jardin.

 

Mise en scène sublime pour le dernier acte et la liberté, chez Jouhandeau, de demander à un enfant la réplique de la solitude ! Et le monologue de l'écriture.

 

Là le bonhomme est incroyable ! Il peut écrire :

 

« Les ongles de mes gros orteils ne poussent plus. Ils se résorbent en une sorte de caillou terne et insensible. C'est là une mort partielle, l'amorce de la poussière... »

 

et dans le même temps :

 

« A peine étions-nous en face l'un de l'autre, un trouble égal s'empare de nous. Je tire la targette et lui de se jeter à moi, de me débarrasser de mes hardes et de tomber en extase à genoux devant mon sexe dont l'ampleur le stupéfiait. »

 

Jouhandeau a 87 ans. Dieu, la jouissance, la vie dans son grand balancement !

 

■ Editions Gallimard, 1983, ISBN : 2070214478

 


Du même auteur : Pages égarées - Écrits secrets - Bréviaire, Portrait de Don Juan, Amours

 

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