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Nicolaï Kluev ou le mysticisme paysan

Publié le par Jean-Yves

Nicolaï Kluev est né dans une famille de paysans très religieux du nord de la Russie. Sa poésie, empreinte d'un mysticisme paysan, en restera constamment marquée. Evoquant la vieille Russie traditionnelle, il n'aura toujours que des amants d'origine paysanne, tel le poète Sergueï Essenine.

 

 

Il saluera la Révolution d'Octobre et l'avènement des bolcheviques, croyant trouver en Lénine un nouveau tsar-paysan prêt à sauvegarder les traditions russes. Il sera vite désillusionné. Dénoncé dans la presse, principalement pour ses orientations sexuelles, il ne pourra plus publier vers le milieu des années 20. Arrêté en 1933, il sera condamné à plusieurs années de camp de travail. Trimbalé d'un coin à l'autre de la Sibérie, il mourra d'une attaque, dans un train archi-comble, en 1937.

 

Cet homme aux yeux verts

Sent le gingembre et la menthe.

Quel Tigre et quel Euphrate

Coulent dans le sang de ses veines ?

N'y a-t-il pas un coucher de soleil du désert dans le lobe de ses oreilles.

Des léopards s'abreuvant à leur source ?

Dans les aigres bourgeons des trembles

Il y a un vinaigre biblique de la suffocante Chaldée.

Les cris d'une guilde de charpentiers russes

Sont un écho d'un campement arabe. Dans une tempête de neige lapone on discerne

La danse coralline d'un africain.

Coraux et cuir russe

Autant de causes des débordements printaniers de la poésie.

Dans une chapelle orthodoxe, un mufti vêtu à la manière arabe

Est en larmes sur un ancien livre liturgique.

C'est une rencontre, parmi nos sillons natals,

De grain et de mamelons de terre.

Dans les orbites de cet homme, comme des étoiles,

Il y a une verte flamme nocturne, Comme si parmi des forêts de bambou

De petits tigres étaient sortis furtivement sur les traces de leur mère,

Comme si sur des saules blancs, furieusement,

Du gingembre et de la menthe chilienne avaient poussés.

1924

 

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