Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le médecin de Lord Byron, Paul West

Publié le par Jean-Yves

Polidori, médecin privé de Byron, raconte sa vie près du poète.

 

Dans ce roman, c'est le point de vue de Polidori, narrateur écrivant à la première personne, qui provoque l'insolite et la surprise d'un récit qui n'est jamais au rendez-vous prévu ; fonce vers l'excès quand on attend la rigueur ; se récupère dans la tendresse quand on se complaît dans l'orgie ; atteint la tragédie quand on s'étonne du sarcasme.

 

Polidori accompagne Byron en voyage, chargé entre autres soins de rédiger un journal sur le personnage célèbre dont le corps – principalement le sexe surmené, un pied bot fatigué et un régime diététique toujours remis en question – lui est confié.

 

Polidori est le souffre-douleur de Byron. Mais ce n'est pas aussi simple. Dès les premières pages du « journal », Polidori insiste sur l'équivoque attraction – souvent travestie en haine ou en dérision – qu'il exerce sur le génie :

 

« Son goût pour les personnes de son sexe ne m'avait pas échappé (le contraire équivaudrait à ne pas voir le caractère montagneux d'un Everest) ; aussi résistais-je, peu désireux d'examiner de trop près ou de humer trop fort l'étrange odeur de sa moitié inférieure : étable et naphtaline, avec un soupçon de cuir. »

 

Polidori va jusqu'à affirmer que Byron veut être lui. Et là certainement est l'imbroglio passionnel et passionné qui tient collés les deux hommes. Polidori est jeune (vingt ans) et fort puissamment constitué mais Byron n'a que vingt-neuf ans et est obsédé par la fornication à laquelle il se livre d'ailleurs avec une brutalité et un mépris du « beau sexe » qui laisse planer un solide doute quant à l'âme du poète englué dans sa réputation de tombeur.

 

Le récit de Polidori est ancré dans le sexe, quels que soient les exploits du jeune médecin qui à l'instar de son maître culbute les femmes, ne parle que des hommes : jalousie toute « féminine » et adolescente de Polidori vis-à-vis de Shelley qui séjourne en ami avec Byron ; rapide liaison de Polidori avec Claire Clairmont, enceinte de Byron mais délaissée ; longues confidences avec Mary Shelley tout autant sevrée de son grand homme.

 

Ce huis clos brûlant fascine Polidori qui, régulièrement, est remis à sa place de domestique privilégié par Byron, dur, cynique et qui, cruel, s'amuse fort de savoir que son « Pretty Polly » est là pour consigner ses faits et gestes. D'où parade du Lord qui veut choquer coûte que coûte son biographe, jeux du sexe et de la nudité qu'en bon aristocrate, Byron expose, étale sans pudeur.

 

Attirance certaine du génie pour la fougueuse jeunesse de son médecin qui palpe son corps quotidiennement et se noie dans une logorrhée prétentieuse comme on fait sa roue.

 

Sexe prééminent dans le livre car Polidori pense que la nudité et le partage des plaisirs de la chair créent une fraternité d'office, voire une égalité.

 

Pauvre Polly qui finit par se suicider parce que son désir d'être aimé par l'idole (d'être hissé à son niveau de séducteur, de célébrité et d'écrivain) est bafoué et que les doses de plus en plus fortes de laudanum, d'opium ne viennent pas à bout d'une passion mal définie et hors d'atteinte.

 

Sexe omniprésent parce que Polidori croit qu'en partageant les excès sexuels du poète, il se glisse mieux dans sa vie. Alors on parle indéfiniment de syphilis et de blennorrhée, Polidori se félicite presque d'être « fade » en même temps que l'aîné, on vante les vertus du condom, on se noie dans le sperme.

 

Le phallus est partout, un vieux rêve de gamins qui se mesurent la bite, un univers masculin quelque peu naïf où il n'est jamais question d'amour.

 

Polidori est sympathique. Byron horrible. Les écrits du poète restent au second plan. Il s'agit d'hommes penchés sur leur phallus.

 

Une histoire d'amour, une passion sans merci : être l'autre qu'on imagine posséder les clefs du bonheur :

 

« Quiconque a été sucé par un vampire devient lui-même vampire et sucera à son tour – c'est là une croyance universelle. »

 

Pretty Polly a oublié que Lord Byron avait du sang bleu et se lavait les mains d'être un monstre ensanglanté. Il n'avait qu'une peur, Byron, une peur monstrueuse : celle de vieillir et de ne plus bander. L'anxiété des grands. L'angoisse des poètes qui chantent l'amour et crient leur solitude.

 

■ traduit de l'anglais par Jean-Pierre Richard, Editions Rivages/Poche, 1991, ISBN : 2869304862

 


Du même auteur : Les filles de Whitechapel et Jack l'Eventreur

 

Commenter cet article