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Les contes « gays » de Charles Perrault (1/3)

Publié le par Jean-Yves

Charles Perrault a écrit des contes pour adultes, d'un érotisme discret, mais gay sans équivoque.


Tout le monde connaît les "Contes de ma mère l'oye", le plus célèbre et le plus souvent réédité des classiques pour l'enfance, mais très peu de gens savent que Charles Perrault a écrit d'autres contes, destinés à un public adulte. Plusieurs d'entre-eux, d'un érotisme discret mais très perceptible, célèbrent le corps masculin et l'amour des garçons. Textes pleins de verve, de tonus et de bonheur et qui pourraient être considérés comme des classiques de la culture homosexuelle.


Le "Dialogue de l'amour et de l'amitié" se présente comme une question d'amour allégorique, jeu littéraire à la mode dans les salons de l'époque. L'artiste commence par nous raconter la naissance simultanée de l'Amour et de l'Amitié, puis nous les montre disputant de leur pouvoir respectif.


A première vue, on se croirait chez les femmes savantes ou les précieuses ridicules. Avec plus d'attention, le lecteur découvre alors un texte d'une ambiguïté systématique. Avec beaucoup d'insistance (17 fois en 20 pages), Perrault explore la confusion des sentiments, soit que l'amour se déguise en amitié pour se faire accepter, soit qu'il se fasse illusion à lui-même et croit sincèrement n'être qu'amitié. Au terme de ces analyses, l'« amour grec » est évoqué avec un lyrisme plein de nostalgie :


« Vous savez, mon frère, dit l'Amitié à l'Amour, que je n'ai pas toujours été si méprisée, vous m'avez vu régner autrefois sur la terre avec un empire aussi grand et aussi absolu que le vôtre. Il n'était rien alors que l'on osât soi me refuser, l'on faisait gloire de me donner toutes choses, et même de mourir pour moi, si l'on croyait que je le voulusse, et je puis dire que je me voyais alors maîtresse de beaucoup plus de coeurs que je n'en possède à présent, bien que les hommes de ce temps-là n'eussent la plupart qu'un même cœur à deux, et qu'aujourd'hui il ne s'en trouve presque point de qu'il ne l'ait double. » (page 70)


Le conte "Le miroir" relève de la même veine allégorique et précieuse. C'est l'histoire - d'origine vénitienne - d'Orante, un gentil-homme faiseur de portraits, et de ses amours très chastes avec une fort jolie demoiselle nommée Calliste. Elle ne se lasse pas des portraits improvisés et flatteurs qu'il fait d'elle. Mais un jour, elle tombe malade - de la petite vérole - et son amant lui renvoie son image défigurée.


Furieuse, elle le frappe alors avec un poinçon et Orante se brise en mille morceaux, qui lui renvoient non plus un mais mille portraits de sa laideur. L'Amour apparaît, recolle les morceaux et transforme Orante en miroir. L'Amour s'y regarde, s'inspecte, s'apprécie et tombe amoureux de lui-même.



« Il contemple son front d'ivoire / Ses yeux étincellants et doux (...) / Il voit de sa bouche divine / Le ris et la grâce enfantine / Dont lui-même il se trouve épris / Il voit de ses cheveux les boucles vagabondes / Qui mollement tombent par ondes / Sur son teint de rose et de lys (...) / Il voit sa trousse où sont serrées / ces petites flèches dorées / Qui partout le rendent vainqueur (...) / Le dieu volage de Cythère / Qui se mire et se considère / Est amoureux de son tableau / Et son cœur enflammé sent un plaisir extrême / Qui le rend la moitié plus beau / En voyant un autre lui-même. / Ainsi lorsque deux belles âmes / Brûlent de mutuelles flammes / L'amour en a plus d'agrément / Il répand dans les cœurs une joie incroyable / Et jamais il n'est plus charmant / Que quand il trouve son semblable. » (pages 90-91)


Ces vers décrivent l'émerveillement de quelqu'un qui s'aperçoit que je est un autre, ou encore, si on lit le texte «en miroir», que l'autre est aussi un je et un jeu.


■ Editions Flammarion, introduction de Marc Soriano, GF, 1991, ISBN : 2080706667



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