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Le crime d'amour, un film de Guy Gilles (1981)

Publié le par Jean-Yves

Une belle histoire comme sait si bien les raconter Guy Gilles, mettant en scène le ténébreux Richard Berry en journaliste homosexuel face à Jacques Penot, irradiant.



"Le crime d'amour" ne pourrait être qu'un fait divers : Jean Doit (Jacques Penot), jeune mec de La Courneuve, « né dans la rue », met sur la piste d'un meurtre un journaliste homosexuel (Richard Berry) et accessoirement la police. Jean affirme d'abord n'être pour rien dans la mort de Jeanne (Macha Méril) dont il prétend seulement exploiter la découverte pour gagner quelque argent. Mais Jean dit des mensonges, le mystère s'installe, jusqu'au moment où on découvre que la victime avait une sœur jumelle. Le fait divers devient vite un alibi : Guy Gilles évite les clichés comme il contourne le mélodrame, ménageant ses effets (Jean soudain s'accuse du crime) , faisant tisser à ses personnages une toile un peu irréelle dont Jean est le centre.

 

Jean semble peu à peu se perdre dans son propre filet, comme s'il était dépassé par l'événement qu'il n'a peut-être pas créé, du moins auquel il a donné cette tournure étrange.

 

Guy Gilles offre le paradoxe d'une sensibilité à la fois poétique et froide, dans sa façon de cadrer un corps ou un visage, dans l'image insolite qu'il donne de caractères a priori stéréotypés :

● Macha Méril est conforme à une idée de la féminité particulière au monde homo : trop belle, trop déifiée pour être objet de désir.

● Jean n'est pas un petit loubard sorti d'un moule (sinon la dégaine et les santiags, ou la fausse assurance), il aime la solitude et la poésie, et n'a façonné cette histoire que pour devenir un héros de roman… qu'il écrira d'ailleurs.

En fait, Guy Gilles fouille la psychologie d'un milieu adolescent-loubard qu'il place en contre-champ de la société. Les situations s'éclairent autant par des silences révélateurs, des phrases qui en sous-entendent d'autres, que par un dialogue théâtral et construit.

C'est là que le cinéaste est parvenu à me prendre au piège, celui d'un langage où s'opère une communion originale des mots, des silences et de l'image.

 


Du même réalisateur : Nuit docile

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