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Pixote, la loi du plus faible, un film d'Hector Babenco (1981)

Publié le par Jean-Yves

Pixote, ne me regarde pas comme ça : seuls les poètes croient que la terre est une orange bleue…


Trois scènes du film Pixote rompent, l'espace d'un espoir, la tension implacable du récit d'une fatalité sociale : un enfant devient criminel. Ce sont les seules où la femme - son symbole - apparaît, témoin bâillonné de la monstrueuse machination des hommes.

● L'institutrice, la doctoresse attardent leur regard professionnel sur cet enfant de dix ans englouti dans l'engrenage de la délinquance.

● Madame Sueli, la putain, serre le meurtrier sur son ventre mort.

● Devant la mer - quelques secondes de bonheur - Pixote pose sa tête sur l'épaule de Lilica, jeune homosexuel : « Il n'y a rien à attendre quand on est pédé », dit-il...

Trois lueurs sur de possibles renaissances pour rendre d'autant plus intolérable l'univers de la violence. Non pas que le film d'Hector Babenco dénonce le sexe et la drogue. Il situe le crime dans le détournement machiste et mercantile du plaisir, de l'amour et du rêve.


Ce n'est qu'un des aspects du film. Documentaire réaliste et tragédie grandiose de la solitude et de la mort, il s'inscrit dans de bien plus vastes dimensions.


Dans les taudis de Sao Paulo, un enfant ajuste un revolver. Dans la misère de Sao Paulo un enfant tue. Il se retourne vers nous : son regard de faon blessé vire peu à peu au noir d'un voyage sans retour.


Les rapports homosexuels sont très honnêtement décrits dans ce film : ceux violents de l'univers carcéral, ceux aussi de l'amour. Ces adolescents ont interdit la mère : trop de pauvreté a brouillé les cartes : la dame de cœur n'a pas eu le temps de bercer son petit.


Comment traverser le temps sans ce viatique qui apprend l'amour au guerrier ?


La femme suspecte et le tenace besoin de tendresse inventent le pédé au grand cœur, fausse femme des délires machos, mais aussi, plus insidieusement, l'amour incommensurable des mecs entre eux, sexualité et tendresse sauvages contre l'adultre traître, quand la dureté vacille un soir trop doux d'été.


Film exceptionnel, film unique, film total sur l'enfance. Enfance d'un truand, éducation sentimentale d'un dur ? Peut-être. Mais aussi regard lucide sur les désirs du garçon, analyse juste d'un âge qu'on s'entête à idéaliser pour mieux se pardonner la lâcheté adulte.


Il faut s'arrêter sur le visage en gros plan de Pixote s'appliquant à écrire cette phrase à hurler :


« La terre est ronde comme une orange ».


Pixote, ce n'est pas encore le jour du fruit-bonheur.



Du même réalisateur : Le baiser de la femme araignée


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