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François Augiéras, un barbare en Occident, Paul Placet

Publié le par Jean-Yves

Une bonne initiation à l'œuvre de François Augiéras peut se faire par la médiation de l'ouvrage que son plus proche ami, Paul Placet, lui a consacré.


Ce livre n'est pas à proprement parler une biographie, mais plutôt un livre de souvenirs dans lequel Paul Placet restitue quelques moments de la vie de son ami : ceux-là mêmes qu'il a partagés avec lui.


Un superbe témoignage qui couvre une période débutant en juin 1947 :

« Ainsi nos rapports, pour difficiles qu'ils fussent parfois - les réactions d'Augiéras pouvaient être tellement inattendues - commençaient à s'établir sur de délicates attentions. L'un savait ce qui ferait plaisir à l'autre. Au même verre, nous buvons un thé brûlant, sucré, tout gorgé de la force des plantes. Qu'ai-je dit à cet instant, pour celui qui devenait mon ami, et qui n'a pas dépassé le seuil de mes lèvres, mais qu'au regard il a compris :

- Pour prolonger le charme, tu connais le don de ta voix, pour moi seul, je te demande d'en user.

- Je me suis longtemps promené dans les petits sentiers qui tournent autour des jardins. La nuit chaude, le cri des insectes et les bruits de la fête m'ont tenu éveillé. Le ciel tout piqueté d'étoiles était une splendeur. (...) Pour mieux connaître celui qui devenait mon ami, j'avais besoin de la musique de ces mots et dans ce tout début de l'été je sens naître notre fraternité. Nous nous serrons la main dans la pleine lumière... »

Et s'achevant en décembre 1971 :

« J'arrivai de bonne heure à la morgue de Périgueux. On me laissa seul avec mon ami dur, blanc, lointain. Et cependant c'était lui : un monolithe froid. Il avait ses bottes rouges aux pieds, ses bottes des longues courses, il était sanglé dans son manteau, la main laissait paraître à l'annulaire la petite bague de fer rapportée de Tunisie. C'était bien, je crois, le seul bijou qu'il eût porté au-delà de trois jours et qui devait l'accompagner dans son éternité. J'avais un cadeau. Je venais de recevoir à peu de jours d'intervalle deux lettres : la première d'une écriture très gauche, très enfantine sur du pauvre papier d'écolier, venait des îles Kerkennah, l'autre, presque naïve, de Sidi Bou Saïd, un dernier salut amical d'Hermès, d'Aziz peut-être. Je les mis sur la poitrine, cachées dans les plis du vêtement. Et la boîte se referma sur le beau visage sévère et apaisé. Tout cela se fit très vite comme dans la brume. Et la question revenait sans cesse : qui vient de mourir, qui s'en va dans ce silence et cette solitude ? Le couvercle ne porte pas la moindre indication, aucun symbole, l'anonymat absolu - du sapin blanc pour quelques planches, pas de fleur - rien - rien que ma signature sur un registre pour une reconnaissance du corps. »

On aura compris que le témoignage de Paul Placet - l'« Ami » dont parlent certains ouvrages d'Augiéras est avant tout un livre d'amour ! L'amour et la divinité, deux thèmes essentiels de l’œuvre de François Augiéras.


■ Editions de La Différence/ Minos, janvier 2006, ISBN : 2729115935



Principaux ouvrages de François Augiéras :

- Le vieillard et l'enfant (Editions de Minuit, 1985, ISBN : 270731000X)

- Le voyage des morts (Editions Grasset/Les cahiers rouges, 2006, ISBN : 2246583829)

- L'apprenti sorcier (Editions Grasset/Les cahiers rouges, 2006, ISBN : 2246510228)

- Une adolescence au temps du Maréchal (Editions La Différence, 2001, ISBN : 272911341X)

- Un voyage au mont Athos (Editions Grasset/Les cahiers rouges, 2006, ISBN : 2246522129)

- Domme ou un essai d'occupation (Editions Grasset/Les cahiers rouges, 2006, ISBN : 2246550823)

Lire aussi : François Augiéras (biographie rapide)


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