Vendredi 28 avril 2006

Dans le décor écrasant d'un immeuble dont l'architecture fleure bon la mégalomanie fasciste, un homme et une femme se livrent aux jeux subversifs de l'amour sous les yeux d'une concierge-geôlière tandis qu'à l'extérieur la foule exulte et célèbre l'autre rencontre amoureuse : celle d'Hitler et de Mussolini.


Nous sommes à Rome, le 6 mai 1938. Antonietta (Sophia Loren), mère de famille écrasée par le quotidien et achevée d'abrutissement par l'idéologie macho ambiante, se compromet avec Gabriele (Marcello Mastroianni), animateur de la radio italienne, mis en disponibilité pour "dépravation".


Isolés dans un monde qui bascule dans l'absurde, et bien que tout les oppose, ils vont, pourtant, bientôt se sentir très proches.


Deux solitudes


Antonietta est totalement bouffée par la vie, elle se déplace lentement, elle est aplatie par le régime fasciste et par son mari. Elle ne « s'éclaire » que lorsqu'elle est avec ses enfants. Or, dans le film, elle n'est avec eux que quelques minutes au début et à la fin. Je fais l'hypothèse que le lendemain de cette "journée particulière" elle sera devenue différente et que rien ne sera vraiment plus comme avant.


Le personnage de Gabriele est magnifique. Son homosexualité est suggérée de l'intérieur, sans jamais tomber dans les lieux communs de comportement, de manières : une immense douceur, une certaine mollesse physique et une ouverture sur tout.


Ce film parle de la constante de la marginalité des gens, de la solitude dans un microcosme, quel qu 'il soit. Antonietta représente le quotidien dans toute son horreur, dans toute sa détresse. Elle découvre quelque chose de neuf dans la notion de respect que Gabriele traduit à son égard. Ce sont deux solitudes qui se confrontent, se révèlent, s'avouent l'une par l'autre.


Cette "Journée particulière" de 1938 n'appartient pas tant au passé qu'on pourrait le croire. L'histoire de Gabriele et d'Antonietta, ces deux solitudes, ces deux cultures totalement différentes qui se rencontrent, appartient à toutes les époques.



Ettore Scola n'a pas cherché à élaborer une fable didactique. Il raconte simplement une histoire vraie (pas réelle mais authentique) qui n'oppose pas les discours aux discours, les idéologies aux idéologies : ainsi il ne ferme pas la porte à l'espoir et à l'utopie. Par contre, ouvrir cette porte peut mener au drame quand l'histoire s'y oppose. En pleine apogée du fascisme, c'est le cas.

Ce film rend particulièrement sensible la proximité des figures de la femme exploitée et de l'homosexuel pourchassé, figures qui s'éclairent mutuellement non pas pour s'autoglorifier comme martyrs, mais pour retrouver la dignité, le respect et consumer aux feux du désir les vieux oripeaux de la morale sociale.

par Jean-Yves publié dans : FILMS
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Commentaires

je viens de revoir ce film et j'ai été autant toucher que la première fois que je l'ai vu j'étais ado et pas trés sur de mon orientation sexuel à cette époque, mais ce film me touche beaucoup les acteurs sont fabuleux, dans leur regard dans leur geste tout est merveilleux, bravo pour votre critique j'ai ressenti la même chose
commentaire n° : 1 posté par : eric leger le: 30/06/2008 02:04:46

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Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

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(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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