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Last exit to Brooklyn, Hubert Selby Jr

Publié le par Jean-Yves Alt

Description impitoyable d'univers échappés d'un rêve américain agonisant, où la violence, la solitude, la misère et l'angoisse se conjuguent pour plonger les personnages décrits dans le désespoir ou, au mieux, dans une vie parodique et dérisoire...

"Last exit to Brooklyn", un recueil de sept nouvelles publié en 1957 aux Etats-Unis, m'a bouleversé et doit toucher tous ceux qui s'indignent d'une société dure aux pauvres, aux faibles et aux marginaux, qu'ils soient sociaux ou sexuels.

Dans "La reine est morte", des travestis reçoivent leurs amants, des délinquants brutaux, machistes et incultes. Georgette, un "pédé dans le vent", qui cite Genet et écoute la musique de Byrd, rêve de tendresse, de tolérance et d'amour alors qu'il n'est qu'une utilité pour les voyous de Brooklyn en mal de fellations ou qui ont pris l'habitude de pratiquer la sodomie en prison.

La réalité est autrement misérable que les envolées lyriques de Georgette : nul espoir, nulle réelle communication : c'est à coup de tablettes de benzédrine, d'alcool et d'auto-suggestion que le sordide de la situation s'estompe un moment au profit d'un rêve idyllique et étrange où l'amour naissait de l'affection, pas de la sexualité... Que souhaite Georgette ? Des choses simples : être complètement avec l'autre et pour l'autre... rien que la présence de l'amour.

- Le réel, c'est le regard d'Harry devant Lee, un travesti qui bosse dans la photo de mode et qui ressemblait à l'une de ces couvertures de magazine (ses cheveux d'un blond doré lui arrivaient à l'épaule et elle était bien sapée), une vraie poupée.

- Le réel, c'est Harry et son copain Vinnie, le minable gangster dont Georgette est amoureuse, tirant Lee vers la chambre en lui criant : Allez viens baiseuse. Tu veux avoir l'air d'une nana et bien tu vas te faire baiser comme une nana...

"La grève" raconte l'histoire d'Harry Black, un leader syndical de l'AFL-CIO, marié et père d'un petit garçon. A l'occasion d'un conflit de plusieurs mois, il découvre pourquoi il détestait faire l'amour avec sa femme au point de la prendre en grippe. Le choc de la révélation, Harry l'a un soir en entrant chez Mary's, dans un quartier étranger... un bar étranger, en constatant que la plupart des femmes étaient en fait des hommes habillés en femmes, et en se trouvant excité d'être dans un endroit aussi bizarre. Au bonheur de se voir enfin réconcilié avec lui-même, Harry va vite voir se substituer la découverte d'un univers sans pitié : lorsque la grève s'achèvera, et que les notes de frais du syndicat qu'il gonflait auront disparu, il n'aura plus les moyens d'offrir à ses amants, taxis, bars et restaurants coûteux. Il se retrouvera comme il était auparavant avec sa femme : désespérément seul.

La vision du ghetto gay, dans "Last exit to Brooklyn" semble sans espoir. Mais lorsque Selby publiera, une vingtaine d'années plus tard, "Retour à Brooklyn", les homosexuels auront commencé à acquérir dans quelques pays sinon une véritable reconnaissance collective, du moins un début d'acceptation sociale. La figure de l'homosexuel, en littérature, n'y est alors plus systématiquement enfermée.

■ Last exit to Brooklyn de Hubert Selby Jr, Editions 10/18, Collection Domaine étranger, 2004, ISBN : 2264018941

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