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Le visiteur de hasard, Patrick Drevet

Publié le par Jean-Yves

ou comment rendre compte de l'indicible : l'attraction érotique (et non sexuelle) qu'exerce un élève sur son professeur.

 

Le héros, Jean-Louis, est un jeune lycéen de dix-sept, dix-huit ans. Il ne recèle aucun mystère, n'est pas plus intelligent que les autres, ne possède rien qui puisse le distinguer des autres beaux adolescents de sa classe. Il est.

 

Comment comprendre l'étrange fascination qu'exercent certains êtres ?

« Devant tel individu être saisi de cette façon, sans raison, sans but, voilà qui ne laisse pas de me confondre. D'où vient que les formes de ce corps, les traits de ce visage, la matière de cette peau, la tension particulière qui détermine cette allure, le mouvement qui retrousse ces lèvres, dessine la courbe de ces paupières, conditionne jusqu'à la longueur des cils, d'où vient que tout cela puisse investir un être d'une grâce si sûre que, tel un prince fort de son droit, il se privilégie à ma vue. Se pose devant moi s'impose ? »

Ce roman ose radiographier le rapport le plus tabou : le professeur face à son élève dans l'atmosphère particulière, essentiellement érotique d'une salle de classe, dans le cérémonial officiel du transfert des connaissances qui n'est que l'apparent dialogue d'une communication amoureuse : les élèves sont soumis à des gestes, des activités, des postures sous le regard totalitaire et la déambulation sournoise du professeur, qui choisit ses angles de vision et d'attaque.

 

C'est une histoire d'amour pour laquelle il faut définir les frontières de cette passion :

▫ Le professeur-narrateur ne cherche pas une aventure sexuelle : c'est un hétérosexuel bon teint, marié et heureux, amoureux des femmes, père d'un fils tendrement aimé. Il ne regarde pas son élève mâle comme le disciple, celui qui admire et apaise le narcissisme blessé du maître. Il n'y a rien non plus qui pourrait rappeler une quelconque culpabilité : pas un instant le professeur ne s'interroge sur la morale de ses actes, sur les conséquences pour sa vie de famille.


▫ L'adolescent comprend ce qu'il suscite et tranquillement attend d'offrir son corps à l'homme qui le désire.


▫ L'amour qui enveloppe le maître et l'élève n'a rien à voir avec l'homosexualité habituelle, et encore moins avec le démon de midi d'un hétérosexuel. C'est l'histoire unique et exemplaire d'un homme qui découvre le tragique du regard humain.


 

A la fin du roman, le professeur couche avec son élève qui est heureux de cet échange charnel. Le professeur n'en est ni déçu, ni heureux. La question n'était pas de savoir si sa vocation première était l'homosexualité, la question était de résoudre l'énigme de ce corps minutieusement observé pendant une année scolaire, d'élucider le mécanisme de cette naturelle séduction.

 

Faire l'amour ne résout pas la violence de cette longue extase qui précédait. Tout doit recommencer ou s'installer dans le mutisme.

Au-delà d'un superbe chant dédié au tout jeune homme, Patrick Drevet livre plus qu'un roman d'amour : l'analyse minutieuse d'une capitulation. Comme si le désir était une divinité vulnérable.

■ Editions Gallimard, 1987, ISBN : 2070710599

 


Lire aussi sur ce roman : Lui parmi les autres


Du même auteur : La micheline - Huit petites études sur le désir de voir - Les gardiens des pierres - Le gour des abeilles - Une chambre dans les bois - L'amour nomade

 

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