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Les gardiens des pierres, Patrick Drevet

Publié le par Jean-Yves

Récit de la confrontation de deux univers a priori dissemblables, ce roman met en présence une petite communauté de moines qui s'apprêtent à quitter définitivement leur abbaye isolée au fond d'une vallée, et une équipe de cinéma, venue filmer les derniers moments de leur vie de recueillement et de prières.



Quatre journées de tournage dans un cadre à la fois grandiose et austère où chacun des quatre techniciens s'efforce de s'adapter à la solitude et à la sérénité des lieux et de leurs occupants.

 

Le narrateur, éclairagiste, désireux de perpétuer le souvenir de son ami Hans, preneur de son, mort dans un accident de voiture, s'efforce avec minutie de rendre la beauté ineffable et le mystère ambigu de la rencontre de deux êtres épris d'absolu : Hans et l'un des moines, Père Abel.

 

Naît entre eux une relation muette et intense, attirance-répulsion, qu'ils ne savent pas s'expliquer ni contrôler. La tension qui s'établit entre les deux hommes, contenue mais constante, s'exprime uniquement dans leurs regards où passent la gravité et l'émotion d'un sentiment qui les dépasse et s'apparente à la grâce.

 

« Personnage volontiers taciturne et distant, donnant l'impression d'être toujours ailleurs », Hans éprouve une amitié complexe pour Père Abel : « Il n'est de nulle part, ni de cette abbaye, ni du monde. C'est ce qui m'intéresse en lui peut-être. »

 

La relation, noble et grave, de Hans et d'Abel est un suspense métaphysique qui ne va pas parfois sans une certaine froideur du ton. L'équivoque de la situation, particulièrement symbolisé dans la scène du maquillage, ajoute encore au malaise de l'atmosphère qui pare Hans de « cette incommunicable souffrance dont (...) il tirait toute sa beauté ».

 

Récit d'une rencontre. Les gardiens des pierres est aussi un regard sur la solitude. Une solitude qu'exacerbe la présence presque physique du silence, « sensible et particulier comme une voix, silence qui n'était pas seulement absence de bruits et pas non plus ce que pourrait être partout le silence, mais plutôt ambiance, inaudible timbre qu'on devinait ne pouvoir entendre que là ».

Un roman, superbement construit où Patrick Drevet dresse l'inventaire minutieux d'un décor et de personnages qui vivent par la magie d'une écriture à la fois charnelle et élégante, comme au ralenti.

 

■ Editions Gallimard, 1981, ISBN : 2070227782

 


Du même auteur : La micheline - Huit petites études sur le désir de voir - Le visiteur de hasard - Le gour des abeilles - Une chambre dans les bois - L'amour nomade

 

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