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Weisse Reise (Weiße Reise), un film de Werner Schroeter (1980)

Publié le par Jean-Yves

"Weisse Reise" a le charme désuet des films muets de Méliès par la gestuelle des acteurs : gestes outrés, postures exacerbées, regards fardés dans lesquels roulent ou glissent des yeux amoureux ou effarés.


Sur fond de décors peints, en longs plans hésitants, et soutenu par une bande sonore patchwork, ce ruban de rêves est proche des débuts du cinéma.


Thomas et Fausto se sont rencontrés sur un navire militaire pendant leur service et sont tombés amoureux l'un de l'autre sans faille, sans dissension.


Cet amour les met totalement à l'écart du monde qu'ils vont parcourir sur d'autres bateaux qui les entraînent vers ces lieux ouverts que sont les ports. Les amants ne sont plus que des spectateurs un peu indifférents aux vicissitudes des autres, enfermés qu'ils sont dans leur propre vision.


De Tunis à Hong-Kong, ils errent pour montrer leur indéfectible union, leur parfaite union. Une histoire à l'eau de rose, au visage de regards languissants et de gestes languides, tout imprégnée d'harmonie intangible sur laquelle vient se greffer un commentaire off qui fait peut-être de ce film une comédie vraiment gaie.




Ces deux matelots sont des amants qui offrent un rire honnête sur les homos.


Et même leur mort n'est pas tragique (une mort avec un sourire sur les lèvres, niais parce qu'heureux : mourir d'amour dans une venelle folle de Hong-Kong, enlacés, amants éternels, éternellement heureux), permettant d'échapper à la camaraderie qui vient si souvent sanctionner les passions interdites dans d'autres films.





Tout en même temps, "Weisse Reise" décode tant et tant de petits faits, de petits gestes que je trouve drôles. La voix qui longe l'image, par son sérieux imperturbable, me met à l'aise face à moi-même : l'amour totalement désacralisé, devenu monnaie forte, courante et sans malédiction pour les homos.



Du même réalisateur : Le Roi des roses (1984)


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