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Roman de Roberte, Françoise Bouillot

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans ce roman, Françoise Bouillot aime jouer d'abord avec les genres : masculin/féminin. Le plaisir de sa lecture naît de l'ambiguïté : le récitant, François, est un prostitué homosexuel new-yorkais, lequel décrit la vie aux États-Unis de Roberte, jeune française débarquée outre-Atlantique. Pour l'aider à régulariser sa situation, François lui propose un mariage blanc. Ils deviennent un couple sans devenir amants.

Roberte s'enferme dans la passion d'un homme qu'elle a aimé et qui l'a quittée. Elle en fait son unique raison de vivre, jusque dans la mort : « Sans doute il est terrible de perdre l'homme qu'on croyait aimer. Mais la passion même, qui est à nous, en nous et qui est finalement nous-mêmes... Elle est notre seul bien, sans elle on est nu, démuni. [...] Elle est la consolation d'une douleur qui n'appartient qu'à nous et quand elle se perd, elle nous fait glisser avec elle au néant. [...] Perdre sa passion, c'est perdre ce qui faisait le prix même de la vie. C'est s'évanouir, s'absenter, disparaître, se perdre soi-même, enfin. » (p. 163)

La passion qui traverse Roman de Roberte se joue des codes. François, le narrateur, n'éprouve rien avec ses michetons. Avec Roberte s'inscrit une relation plus complexe :

« D'autres seraient devenus amants. Ce fut notre ressemblance de n'y songer jamais. Rien n'aurait pu l'arracher à l'attente où elle se tenait seule, et aucun désir d'ordre physique ne me poussait vers elle ; non tant parce que je préférais les garçons que parce que je n'avais pas de désir, pour personne. Nous nous sommes beaucoup aimés. Mais nous sommes restés chacun dans notre nuit, à portée de voix nous aussi, une voix chuchotée... » (p. 109)

Et que cherche Caleb, sorti tout droit du sud des États-Unis pour courir après les garçons de la nuit ?

Roman de Roberte brouille aussi les genres littéraires : roman à la française, écrit par une Française et dont le titre indique que le contenu tourne autour du personnage d'une française à New-York. Mais précisément, New York, ville dure et diverse, imprime sa couleur à tout le roman, Dans ce roman en français, on croit entendre le ton des polars américains, des écrivains US de l'urbain. L'écriture est rapide, incisive, comme dans la littérature américaine, en même temps que l'analyse de la psychologie des personnages appartient au roman français.

Le livre joue avec le temps. Celui de l'ouverture et celui de la fermeture du livre se retrouvent. C'est que le temps de la lecture aura permis de faire vivre l'ardeur d'un instant, les longueurs de l'attente, et l'effacement par la durée :

« Le monde continue de souffler, de gronder, de respirer de sa grande respiration de monde vivant tandis que nous nous évanouissons au sommeil. » (p. 164)

■ Éditions Maren Sell, 1988, ISBN : 2876040166


Du même auteur : La boue - Travesti

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