Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Mon regard sur le saint Sébastien de Pietro Vannucci au Louvre

Publié le par Jean-Yves

Avec Pietro Vannucci, dit le Pérugin (1448-1523), d'une génération qui suit celle du Mantegna (1431-1506), quelle transformation : une tendre piété remplace une foi sévère. En accord avec cette sensibilité nouvelle, la technique s'est rénovée pour produire une œuvre d'un genre tout différent.

 

Ce n'est plus une fresque mate, mais une peinture à l'huile, avec les qualités sensuelles d'une exécution caressante qui aime les demi-teintes et les glacis. La couleur, blonde et suave, crée une harmonie dorée. L'air circule. Le jeu léger des valeurs aériennes remplace la rigueur ascétique de la géométrie spatiale.

 

Le décor lui aussi est plein de séduction : architecture calme, parée de l'aimable ornementation de la Renaissance, doux paysage aux collines alanguies où poussent de jeunes arbres encore grêles.

 

Nul besoin d'archéologie ou de symbolisme pour exprimer la tristesse de quitter, par une mort précoce, la chaude lumière de l'Ombrie.

 

Le choix du modèle n'est pas moins significatif : c'est un bel éphèbe, souple et musclé, avec tout le charme de la jeunesse et encore un peu les rondeurs de l'enfance. La pose recherche l'élégance : l'appui, pris sur la jambe droite, détermine un hanchement qui oppose l'inflexion des courbes à des droites sans rigidité. Les lignes des bras rappellent habilement celles des jambes et du paysage. L'horreur du supplice a été éludée.

 

 

Le Perugin (Pietro Vannucci dit) – Saint Sébastien – 1490/1500

Peinture à l'huile sur bois, 176cm x 116cm, Musée du Louvre, Paris

 

Saint Sébastien n'apparaît pas, hérissé de flèches, dominant par une volonté implacable les spasmes de l'agonie. Il n'a été blessé que de deux traits, dont un au cœur. La tête renversée, les yeux au ciel, en extase, il se confie à son Sauveur.

 

Il évoque un peu ces génies funèbres de l'Antiquité, purs et tranquilles. Sans doute, les Grecs redoutaient-ils la Mort, mais ils ne la voulaient point lugubre, effroyable comme celle que devait imaginer le Moyen Age. Ils la rêvaient noble et calme, emportant la vie et non pas la beauté.

 

Une belle lumière ambrée baigne saint Sébastien et l'œuvre suggère une tendre harmonie. Ce n'est plus l'ode héroïque de Mantegna, mais une élégie caressante. Faut-il vraiment dédaigner tant de charme ?

 

Commenter cet article