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La mise au tombeau par Titien

Publié le par Jean-Yves

Titien a choisi le moment où les amis restés fidèles portent le cadavre détaché de la Croix vers le tombeau qui apparaît à droite, sous l'ombre des arbres. Les disciples se hâtent, car la fin du jour est proche. La Vierge, courbée par la douleur, soutenue par Madeleine, les suit avec peine. Joseph d'Arimathie ne peut détacher son regard du visage de Celui qui va disparaître dans la tombe. Au contraire, Jean, le disciple préféré, détourne la tête pour ne pas éclater en sanglots.


Admirable psychologie qui définit les caractères par contraste et fait pressentir l'action ultérieure des personnages (1).


Jean intervient à peine, soulevant un bras du Maître et laissant les deux porteurs tenir le corps avec une sollicitude déférente.


L'heure est tragique dans sa beauté. Le jour agonisant entoure ce cortège où tant de douleur est exprimée avec si peu de gestes.


La composition se déroule en frise, fortement appuyée à gauche sur le groupe de la Vierge et de la Madeleine, à droite, sur la masse sombre des arbres. Au centre, les disciples s'inscrivent dans un grand arc de cercle auquel se trouve suspendue la ligne brisée que décrit le corps du Christ.



Tiziano Vecellio (Titien) – La mise au tombeau – 1525

Musée du Louvre, Paris


Toutes les lignes sont commandées par celles du divin cadavre. Elles constituent une prodigieuse géométrie, où chaque partie, en relation étroite avec l'élément essentiel, construit un ensemble harmonieux, où tout est prévu et semble spontané : la géométrie du tableau aboutit aux attitudes les plus naturelles et les plus émouvantes. Ainsi le rythme de cette marche funèbre paraît large et noble.


Le tableau est centré sur le Christ, grâce aux blancs vifs qui l'entourent. La pâleur précieuse du mort joue avec les carnations brunes des disciples et leurs chevelures rousses. Le vert sombre du vêtement que porte Joseph d'Arimathie fait vibrer les ocres et les grenats : le corsage de Madeleine, la robe de Jean et surtout la tunique du porteur de droite, si belle de ton et de matière avec un éclat surprenant. Cette teinte sonore marque le début du cortège.


La lumière vient de la droite, éclairage exceptionnel, qui marque la gravité du sujet et permet un effet aussi puissant qu'inattendu. Le premier porteur fait écran. La tête et les épaules du Christ se trouvent ainsi plongées dans une ombre qui préfigure celle du tombeau.


D'ordinaire, le principal personnage est mis en évidence par la plus forte lumière. Ici, Titien a choisi un procédé inverse et obtient un résultat inoubliable. Au milieu de toutes ces couleurs, il se forme une zone sombre qui creuse un vide et attire irrésistiblement le regard. L'œil y plonge pour discerner ce qui semble se dérober et le visage du Christ prend ainsi une importance mystérieuse qu'aucun éclairage n'aurait pu lui donner.


En violant la règle habituelle, Titien a renouvelé l'effet et le rend plus conforme à la méditation.



(1) Lorsque la nouvelle de la résurrection éclatera, Jean sera le premier à courir au tombeau. Pourtant, il n'osera pas y pénétrer tout de suite et laissera Pierre passer avant lui, tant est grand l'effroi de la mort pour une âme jeune et tendre.


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