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Il n'a pas où reposer sa tête par Hugo Van der Goes

Publié le par Jean-Yves

Quelle minutie pour figurer la chair : mains veinées, noueuses, texture soyeuse des cheveux, petit corps frêle du nourrisson... et pourtant il ne s'agit pas de réalisme.


Ce tableau a quelque chose d'étrange. Quelle mère laisserait son petit nu par terre devant elle sans s'empresser de le réchauffer sur son cœur ?


Plus fragile, plus exposé que cet enfant-là, ce n'est pas possible. Jésus est le plus dépouillé des enfants des hommes. Il « n'a pas où reposer sa tête » (Matthieu 8, 20).


Posé à même le sol, plus bas que tous, il fait corps avec la terre, jusque dans la couleur de sa chair. Pourtant il est le Fils de Dieu. Tout le rappelle : la lumière qui irradie de son corps en fins rayons, la présence des anges, ce mélange d'attention émue et de distance physique qui caractérise les personnages vis-à-vis de lui. Leurs mains tendues l'entourent comme une sorte de couronne royale.


Silence... la plupart des bouches sont fermées. Tout se passe à l'intérieur des êtres.


Le peintre a représenté les anges (aux vêtements chatoyants) dans une taille différente qui les distingue des humains. Ils n’ont nul besoin de montrer leur joie sur leurs visages. Le sourire ne serait-il qu'une compensation à l'imperfection humaine ?



Hugo Van der Goes – L'Adoration des bergers (panneau central du triptyque Portinari) – 1477/1478

Huile sur bois, 253cm x 304cm pour ce panneau, musée des Offices, Florence


Marie fait partie des humains, elle en a la taille, mais elle a aussi des points communs avec les messagers du ciel : avec eux, elle est la plus proche de l'enfant et des cheveux d'or qui évoquent les leurs.


Elle a la place centrale dans ce tableau, mais seulement parce qu'il y a, à ses genoux, cet enfant de rien du tout qui l'illumine d'une façon toute particulière.



Cette « adoration » constitue le panneau central d'un triptyque commandé vers 1475 par la famille Portinari, de riches banquiers italiens installés à Bruges, dans les Flandres. Hugo Van der Goes, peintre flamand de la seconde moitié du XVe siècle (1440 environ -1482), travailla surtout à Gand ; il entra dans la vie religieuse et continua de peindre, avant de perdre la raison.


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