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Split Rocker : Jeff Koons à Versailles

Publié le par Jean-Yves

C'est à l'artiste contemporain Jeff Koons que l'on doit la présence incongrue de cette œuvre monumentale dans le jardin de l'Orangerie à Versailles.


Volontiers provocateur lorsqu'il affirme que "l'art est la faculté de manipuler les gens", son œuvre détourne fréquemment des objets qui appartiennent à l'imagerie enfantine, en mêlant avec ambiguïté candeur et subversion.


L'incongruité du Split Rocker repose sur sa forme même. Quel est cet objet à deux faces différentes tel un Janus ? La créature d'un dessin animé ? Un jouet ? Une peluche ? Un char de carnaval ? Deux cercles concentriques figurent spontanément un œil, la rondeur trapue des formes évoque un museau. Quant au cylindre horizontal sur chaque côté, est-ce la poignée d'un cheval à ressort de jardin d'enfant ?



L'interprétation est ouverte. Mais la connotation des formes et des couleurs ancre résolument le Split Rocker dans l'esthétique contemporaine d'un objet enfantin.



Jeff Koons – Split Rocker – 2008

Jardin de l'Orangerie du château de Versailles, jusqu'au 4 janvier 2009


La contemporanéité s'oppose ici à l'environnement architectural du Château de Versailles et de ses jardins. Ce conflit n'est pas dénué d'humour ; la sagesse des lignes parallèles, la régularité et la solennité des lignes classiques, rendent intruse la légèreté ludique de l'œuvre, dont l'aspect plastique renvoie bien plus aux étalages d'un supermarché qu'aux fontaines d'un jardin royal. Cette dualité est d'autant plus grande que l'échelle de l'objet a été dilatée au point de rivaliser en taille, par conséquent en sens, avec le château. Dans ce duel, le socle a son importance, car il a pour effet de légitimer la frivolité des formes comme objet de contemplation, de la sacraliser "œuvre d'art", parachevant ainsi le parti pris ironique de cette installation.



Là où l'œil perçoit de loin une surface grumeleuse, souple, voire douce, il découvre en s'approchant un surprenant tapis de petites fleurs colorées. Le terme même de "petites fleurs" porte en elle toute l'innocence entendue d'une image d'Épinal. Elles appartiennent à un abécédaire du "kitsch". En couvrant son objet de petites fleurs, l'artiste le couvre d'une candeur où perce l'ironie.



Les photographies sont tirées de ce site.


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