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William Cliff, véritable révolté

Publié le par Jean-Yves

L'écriture de William Cliff n'apparaît jamais narcissique, mais au contraire comme l'exigence quasi panique, quasi dérisoire d'un dialogue avec celui dont on ne sait rien, qui ne vous connaît pas :



« J'aimerais te parler à mi-voix / toi qui m'écoutes / te raconter à longueur de soirées / ce qu'à personne je n'ai dit / Nous n'irons pas au bar ce vendredi / mais resterons face à face / toute la nuit sans doute [...] C'est que depuis bien trop longtemps / Je te raconte ces histoires / toi que j'attends obstinément / sans que la honte ou la mémoire / enfin me montre que le temps / ne me rapporte en ses bagages / que du vent. » (1)

 

Ce que je reçois d'entrée c'est la violence de son écriture, violence des mots surtout intimement solidaire de celle que le poète éprouve face à ces corps de rencontre, ardents et anonymes, puissants et consentants comme devant le sien propre :

 

« Quand il aura fait s'expulser mon sperme / il quittera ce siège il s'en ira / d'abord au cabinet laver ses mains / peut-être fumer une cigarette / puis reviendra en salle et circuler / et s'asseoir près d'un autre à masturber. » (2)

 

Violence d'un langage qui au fond ne se fait pas d'illusion sur lui-même : les temples de la littérature, c'est-à-dire là où elle se vend – se prostitue – deviennent pour l'auteur de simples lieux de drague :

 

« La librairie sert avant tout de champ de chasse. / Tu sais que les vendeuses de chez Gibert / sont assez chaudes. / Et c'est ça l'essentiel. » (3)

 

Si l'écriture dit la rencontre, elle s'affirme toujours légèrement en deçà de la réalité qu'elle rappelle, elle brise la tentation du reflet : elle dit toujours la perte de cette rencontre, l'incapacité du poète à garder le corps ou simplement à le penser autrement que furtif, passager.

 

Si William Cliff revendique avec autant de véhémence son homosexualité, c'est qu'elle apparaît comme l'indice et l'exigence d'une vérité et d'une honnêteté intellectuelle inaliénable :

 

« Vie solitaire est un malheur une folie / j'ai cru longtemps attribuer cette déréliction / au goût que j'ai pour le sexe aigu des garçons / mais j'ai dû voir enfin l'erreur car nombre pédérastes / sont cent fois plus heureux que vos moutons d'hétérocrates. » (4)

 


1 - « Love poème », in Écrasez-le, Éditions Gallimard, 1976, ISBN : 207029451X

2 - « Cinéac-nord », in Marcher au charbon, Éditions Gallimard, 1978, ISBN : 207029854X

3 - Écrasez-le, p. 117

4 - Marcher au charbon, p. 20


Lire aussi : America

 

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