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Encore (Once More), un film de Paul Vecchiali (1987)

Publié le par Jean-Yves Alt

L'histoire est simple et fatale : un homme découvre à quarante ans qu'il peut aimer les hommes. Il ira jusqu'au bout. Jusqu'au sida, sans concession. Mourir vivant plutôt que vivre mort. Un film choquant, sans doute, révoltant pour certains, mais pas pessimiste, en ce sens qu'il montre un parcours sans faute dans la dignité et l'acceptation de soi.

Avec son fond musical funèbre, le générique dans le couloir du métro où l'on fait connaissance avec Louis apparaît d'emblée comme un tunnel vers le bout de la vie, en même temps que l'apparition rapide de Vecchiali lui-même indique qu'il revendique totalement le thème très dur de son film.

Le processus filmique adopté pour "Encore" est original : une suite de dix plans-séquences d'environ neuf minutes chacun. Du 15 octobre 1978 au 15 octobre 1987, le spectateur suit Louis dans son rapport à l'amour (sa femme, sa fille, puis Frantz, Michel et les hommes), qui ne peut devenir qu'un rapport à la vie, à la mort et à soi-même.

Le film est un peu comme une toile où chaque plan, qui marque donc chaque fois une année de plus, apporterait quelques touches de plus au personnage de Louis et à son entourage.

■ 1978 : la première séquence débute sans fioritures sur le malaise du couple : dans le lit, Louis et Sybèle souffrent d'être ensemble, lui parce que cette relation ne le satisfait simplement plus, elle parce qu'elle ressent bien cette insatisfaction muette de Louis, qui a décidé de la quitter.

■ 1979 : on parle de divorce, Sybèle est à l'heure du Tranxène, « oui, ton corps me répugne, je n'ai plus envie de te toucher », dit Louis, qui avoue ne pas avoir de maîtresse.

■ 1980 : scène du métro et rencontre de l'ambigu Ivan qui incarne le passeur, celui par qui Louis pourra basculer dans un autre monde.

■ 1981 : Sybèle a un amant, prédication d'Ivan annonciatrice de mort (« Ne faites plus l'amour, c'est le diable qui court dans ceux qui ont dénaturé l'acte divin ») et arrivée de Frantz dans la vie de Louis.

■ 1982 : la boîte et l'exultation de l'époque de la grande baise, rupture avec Frantz et tentative de suicide…

"Encore" développe ainsi tout un discours amoureux duquel font partie tout ensemble la crise de la quarantaine chez le couple hétéro, l'ambiguïté de l'amour père-fille, l'homosexualité, le sida.

C'est le film des maladies de l'amour, toutes les maladies : celles du cœur, celle du corps.

Vecchiali clame des partis pris bruyants et provocateurs («Le sida, c'est la vie !», phrase que prononce Louis), mais le film n'est pas une leçon de morale, seulement un regard sur la difficulté du rapport amoureux illustrée par diverses de ses possibles composantes.

Malade du sida, Louis donne son dernier baiser à Michel qui l'aime, mais son dernier soupir est pour celui qu'il n'a pas cessé d'aimer, Frantz, malade de solitude.

Fort et terrible de bout en bout, le film s'achève ainsi sur une scène plus forte encore : tragique oui, pessimiste non, car aboutissement d'un parcours dans la dignité et l'acceptation de soi.


Du même réalisateur : Le café des Jules

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