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La cérémonie de l'appel racontée par Hans Heger

Publié le par Jean-Yves

« Dès que nous fûmes déchargés sur la place de l'appel, les coups se mirent à pleuvoir... Après, l'appel commença : l'un après l'autre, nous étions appelés, nous devions alors avancer d'un pas, répéter notre nom, annoncer le motif de notre détention.

 

Ce fut bientôt mon tour d'être appelé. Je répétai mon nom après avoir avancé d'un pas et mentionnai le paragraphe 175 comme cause de mon internement. Immédiatement, je reçus des coups de pied dans les côtes et, avec les mots : espèce de cochon, ordure de pédé, je fus confié à l'Oberscharführer qui s'occupait de mon bloc.

 

Pour commencer, ce dernier m'administra deux gifles sur les oreilles, d'une violence telle que je m'écroulai par terre. Je me relevai et restai debout, tremblant de peur. Il m'envoya de toutes ses forces son genou dans les testicules et je me roulai par terre tellement cela me faisait souffrir. Aussitôt, les détenus qui aidaient à l'appel me crièrent de me relever pour l'empêcher de me piétiner.

 

Le visage hagard, je me relevai devant le chef de bloc qui me dit : "C'était pour faire connaissance. Ainsi, espèce de merde, tu sauras qui est ton chef de bloc."

 

Nous nous retrouvâmes une vingtaine de "cochons de pédés" à être rassemblés. Les SS nous firent alors courir parmi les différents commandos... Enfin nous fûmes conduits devant notre bloc... Là il fallut se mettre en rang par trois. Puis nous dûmes nous déshabiller complètement... Et puis, il fallut attendre, attendre... On était en janvier, la température devait être de quelques degrés au-dessous de zéro ; un vent glacé s'engouffrait dans la rue du camp, mais ils nous laissèrent nus, les pieds à même le sol.

 

Puis un SS-Scharführer en manteau d'hiver à col de fourrure allait et venait devant nous et frappait tantôt l'un, tantôt l'autre avec un nerf de bœuf. Il criait : "C'est pour ne pas geler, tas de cochons !" Et consciencieusement, avec ses lourdes bottes, il marchait sur les orteils de tel ou tel détenu qui hurlait de douleur. Ceux qui se plaignaient trop à son gré recevaient immédiatement un coup de bâton dans l'estomac, qui les laissait sans voix. Il transpirait presque de cette distribution de coups et toujours allant et venant devant nous, il criait : "Espèces de truies en chaleur, je vais vous faire rester jusqu'à ce que vous soyez froids !" »

 

Hans Heger

 

in « Le Triangle rose. La Déportation des homosexuels (1933-1945) », de Jean Boisson, Editions Robert Laffont, 1988, ISBN : 2221055187, page 141

 


Lire aussi sur ce blog :

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- Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel

- Histoire de l'homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris, 1919 – 1939

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