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Les bûchers de Sodome, Maurice Lever

Publié le par Jean-Yves

Dans « Les Bûchers de Sodome », entre noblesse, prisons et mouchards, Maurice Lever ressuscite le monde grouillant et envoûtant des sodomites d'avant la Révolution.

 

Draguer et consommer sur place. A notre époque, c'est courant. Et ce, en dépit du délit d'outrage public à la pudeur. Les Bûchers de Sodome, de Maurice Lever, rappellent qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Au siècle de Louis XIV, le feu qui brûlait, dévorait de ses flammes des êtres dont le seul crime était de n'avoir pas les goûts de tout le monde.

 

1677, par une belle matinée : un garçon maçon de cinquante-trois ans, du nom de Salomon Peresson, rencontre un jeune berger. Que croyez- vous qu'il arrive ? Derrière un buisson, ils se réjouissent librement, s'accouplent, et leur ardeur est telle qu'ils n'entendent pas arriver Horace Torchebras, exempt de brigade, escorté de ses archers. Le jeune berger doit son salut à la vigueur de ses jambes. Salomon, déféré à la justice, affirme qu'il a commis le crime de sodomie pour la première fois. Il tombe à genoux, demande pardon, promet de ne pas recommencer. Peine perdue. Le 22 février 1677, la place du marché aux blés de Troyes voit renouveler la punition de Sodome. Salomon est brûlé.

 


A Paris, on conduisait d'abord les condamnés en place de Grève, après avoir fait amende honorable sur le parvis de Notre-Dame. Ils étaient « en chemise, la corde au cou, nu-tête et à genoux, tenant chacun une torche ardente du poids de deux livres ». Ils revêtaient, avant de monter sur le bûcher, une chemise enduite de soufre et de poix pour favoriser la combustion mais les bourreaux frottaient parfois leurs pieds avec un morceau de lard ou les enduisaient de soufre, à moins qu'ils n'attachent sur leur poitrine un sachet de poudre à canon. Par mesure d'humanité, la clause du « retentum » ou étranglement préalable était quelquefois appliquée, et le public ne s'en apercevait même pas, n'y voyant, au sens propre et au sens figuré, que du feu.

 

La chronique recense 73 procès de sodomie et 38 exécutions capitales, entre 1317 et 1789, et 7 seulement du début du XVIIIe siècle à la Révolution. En outre, une bonne douzaine d'inculpés avaient également commis viols, rapts, meurtres, mutilations. Il s'agissait d'exécution pour l'exemple, comme le prouve l'exécution de Jean Diot et Bruno Lenoir, le 6 juillet 1750. Cela est si vrai qu'une juridiction spéciale avait condamné Deschauffours pour des crimes énormes et détestables, alors que la version officielle ne fit état que d'histoire de mœurs.

 

Quoiqu'il en soit, Maurice Lever ressuscite un monde fascinant. A partir de documents d'archives (les archives de la Bastille notamment), toute une époque fascinante avec ses sodomites du peuple et de l'aristocratie, ses exempts, ses « mouches » ou mouchards, ses prisons (la Bastille, les Grand et Petit Châtelet, For-l'Evêque et Bicêtre), ses lieux de drague, en plein air et à l'abri (cabarets). Et aussi ses confréries homosexuelles, les ancêtres véritables des mouvements gays...

 

■ Editions Fayard, 1985, ISBN : 2213015538

 


Lire un article de Maurice Lever paru dans le magazine Historama (n°17 – juillet 1985) : à noter que cet article n'est pas dépourvu d'inexactitudes ni de neutralité dans le langage.


Sur le même sujet, lire les articles Hommes du Grand Siècle par Marc Daniel parus dans la revue Arcadie

 

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