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L'homosexualité chez Paul Claudel (2/2)

Publié le par Jean-Yves

La hargne contre l'aveu, voire contre une certaine exploitation littéraire de l'homosexualité se retrouve, à plusieurs reprises, sous la plume de Paul Claudel.

 

Lorsqu'en 1914, Claudel découvre, à la lecture des pages des Caves du Vatican, « un passage pédérastique qui éclaire pour moi d'un jour sinistre certains ouvrages précédents de notre ami... » (1), c'est la rupture avec André Gide. Une rupture qui durera dix ans.

 

Plus tard, il montrera la même hargne envieuse face à la renommée des surréalistes. Ne déclare-t-il pas à un journaliste italien, dans une interview au journal Il Secolo en 1929 : « Quant aux mouvements actuels, pas un seul ne peut conduire à une véritable rénovation ou création. Ni le dadaïsme, ni le surréalisme qui ont un seul sens : pédérastique ! » (1)

 

Que l'auteur de Tête d'or fasse de tels reproches au mouvement du très homophobe André Breton, est du plus haut comique !

 

La réponse ne se fait pas attendre, une trentaine d'artistes liés aux mouvements incriminés répondent par une « Lettre ouverte » :

 

« Monsieur, notre activité n'a de pédérastique que la confusion qu'elle introduit dans l'esprit de ceux qui n'y participent pas. Peu nous importe la création. [...] Il ne saurait y avoir pour nous ni équilibre, ni grand art. [...] Il ne reste debout qu'une idée morale, à savoir par exemple qu'on ne peut être à la fois ambassadeur de France et poète. [...] Nous déclarons trouver la trahison et tout ce qui, d'une façon ou d'une autre, peut nuire à la sûreté de l'État, beaucoup plus conciliable avec la Poésie que la vente de "grosses quantités de lard" pour le compte d'une nation de porcs et chiens. [...] Nous vous abandonnons à vos bondieuseries infâmes. Qu'elles vous profitent de toute manière ; engraissez encore, crevez sous l'admiration de vos concitoyens. Écrivez, priez et bavez ; nous réclamons le déshonneur de vous avoir traité une fois pour toutes de cuistre et de canaille. » (1)

 

Voilà ce qui arrivait quand on traitait les autres de « pédés » durant l'entre-deux-guerres. Enfin, que ne pardonnerait-on pas aux génies !

 


(1) in Paul Claudel ou l'enfer du génie, de Gérald Antoine, Editions Robert Laffont, 2004, ISBN : 2221103475

 

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