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Le vieux couple chanté par Serge Reggiani (1972)

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce qui me plaît dans ce duo

C'est que tu fais la voix du haut

C'est toi qui sais, c'est toi qui dis

C'est toi qui penses et moi je suis

Mais les grands soirs lorsque tu pleures

Quand tu as peur dans ta chaloupe

C'est moi qui parle pendant des heures

Nous sommes en somme un vieux couple

 

Je n'sais plus où je t'ai connu

C'est à l'école ou au guignol

Je me rappelle cet ingénu

Qui avait perdu la boussole

Depuis je t'empêche de boire

Sauf les grands soirs dans ta chaloupe

Quand tu me chantes tes déboires

Nous sommes en somme un vieux couple

 

Avec ta tête d'épagneul

Qui n'a pas appris à nager

Avec ma gueule à rester seul

Derrière des demis panachés

Quand les grands soirs dans ta chaloupe

Nous parlons de tes états d'âme

Et que tu diffames ma femme

Nous sommes en somme un vieux couple

 

Le 16 août 1960

J'ai marié cette dame charmante

Cinq jours après j'étais parti

Et tu me bordais dans mon lit

Alors a commencé la nuit

Alors a commencé la nuit

Dont on se croyait les étoiles

Mais on n'était que les cigales

 

On s'est battu, on s'est perdu

Tu as souvent refait ta vie

Et le plus beau, tu m'as trahi

Mais tu ne m'en as pas voulu

Et les grands soirs dans ta chaloupe

Tu connais bien mes habitudes

Je connais bien ta solitude

Nous sommes en somme un vieux couple

 

Mon ami, mon copain, mon frère

Ma vieille chance, ma galère

Mon enfant, mon Judas, mon juge

Ma rassurance, mon refuge

Mon frère, mon faux-monnayeur

Mon ami, mon valet de cœur

Je ne voudrais pas que tu meures

Je ne voudrais pas que tu meures


Dérisions et vulgarités dans la chanson française des années 50/60

A la différence de la littérature, la chanson n'accorde pas d'autre place à l'homosexualité dans les années 50/60, que celle d'un vice ou d'un comportement paradoxal, un peu grotesque. Les homosexuels sont alors un sujet de raillerie, focalisant la décadence de notre civilisation. Ce filon marche comme celui de la libération des mœurs marchera quinze ans plus tard. Les meilleurs auteurs compositeurs interprètes s'essaient à la chanson homophobe. Ainsi, Georges Brassens écrit en 62 dans Les trompettes de la renommée : « Sonneraient-ell's plus forts ces divines trompettes / Si comm' tout un chacun j'étais un peu tapette / Si je me déhanchais comme une demoisell' / Et prenait tout à coup des allur's de gazell' / Mais je ne sache pas qu'ça profite à ces drôles / De jouer le jeu d'l'amour en inversant les rôles / Qu'ça confère à leu gloire un' onc' de plus value / Le crim' pédérastique aujourd'hui ne paie plus ». Ce texte, confondant de bêtise et farci des stéréotypes les plus vulgaires montre bien que si « les croquants » et « les braves gens » qui « n'aiment pas qu'on suive une autre route qu'eux » sont dans la salle, ils sont aussi sur la scène.

A l'opposé, Serge Reggiani a osé conjuguer au présent l'amour-amitié avec un autre homme dans une remarquable chanson : Le vieux couple.

Dans la série mieux-vaut-encore-s'en-moquer-qu'y-goûter, il y a cette incroyable chanson de Georges Chelon, Ce n'est pas encore demain la veille, datant de la fin des années 60. Plagiant Mon beau légionnaire, Chelon démarre par « L'était pas grand, l'était pas beau, il sentait pas le sable chaud », avant d'enchaîner sur les bruits de baise des deux monstres, filtrant à travers la cloison de la chambre. Et de conclure par cette ravissante métaphore : « Non ce n'est pas encore demain la veille / Que je me passerai de toi ma belle / Car j'aime mieux monter à tes jarretelles / Que de descendre une paire de bretelles ».

A ce niveau, Sardou n'a pas fait mieux. Avec Le rire du sergent (1971) ou avec Le surveillant général (1972) : l'homosexuel y est présenté comme une folle, une putain ou un être vicieux à l'affût des branlettes collégiennes. A ces misérables poncifs, il y a celui de l'impuissant, présent dans J'accuse : « J'accuse les hommes de croire des hypocrites / Moitié PD, moitié hermaphrodites / Qui jouent les durs pour enfoncer du beurre / (…) / J'accuse les hommes de n'être pas des hommes... tout simplement ».

Contrairement à certaines légendes présentes dans la littérature populaire, il faut remarquer que le pédé n'est pas le sodomite-violeur d'enfant, mais un être faible et pervers, ressemblant trait pour trait aux femmes.

Ainsi ces chansons font-elles d'une pierre deux coups : non contentes d'être homophobes, elles sont souvent misogynes.

Ce cliché de l'homosexuel efféminé sera repris, mais dans un registre assez misérabiliste, par Charles Aznavour en 1970, avec Je suis homo comme ils disent. Cette chanson dépeint, une fois encore, un être soumis, un peu décorateur (ils le sont toutes !) et toujours travesti. Ce qui apparaît aujourd'hui comme une complainte plutôt facile a fait scandale dans plus d'un foyer et a été un très grand succès.

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