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Ce n'est pas encore demain la veille, Georges Chelon

Publié le par Jean-Yves Alt

L'était pas grand, l'était pas beau

Il sentait pas le sable chaud

Il sentait plutôt autre chose

Et c'était pas l'odeur des roses

C'était pas lui le légionnaire

Qui aurait fait rêver grand'mère

A rendre jaloux mon grand'père

L'était pas blond, l'était pas brun

L'était chauve comme la main

Et pour ce qui est de la chose

Il sentait pas les mêmes roses

C'était plutôt le légionnaire

Qui aurait négligé grand'mère

Pour s'occuper de mon grand'père

On l'a vu arriver chez nous

Lors d'une tempête de sable

Comme on est poli avant tout

On l'invita à notre table

L'autre était grand, l'autre était beau

Il sentait bon le sable chaud

Et pour ce qui est de la chose

Il se prenait pour une rose

Mais si fidèle au légionnaire

Qu'en plus de négliger grand'mère

Il aurait négligé grand'père

Ils sont repartis de chez nous

Après une nuit de tempête

Comme l'on couchait en dessous

On eut des éclats de la fête

Mais ce n'est pas encore demain la veille

Que je me passerai de toi ma belle

Pour illuminer mon septième ciel

Je préfère la lumière du soleil

Non ce n'est pas encore demain la veille

Que je me passerai de toi ma belle

Pour parvenir jusqu'au septième ciel

Je n'emprunterai pas de courte échelle

Non ce n'est pas encore demain la veille

Que je me passerai de toi ma belle

Car j'aime mieux monter à tes jarretelles

Que de descendre une paire de bretelles


Dérisions et vulgarités dans la chanson française des années 50/60

A la différence de la littérature, la chanson n'accorde pas d'autre place à l'homosexualité dans les années 50/60, que celle d'un vice ou d'un comportement paradoxal, un peu grotesque. Les homosexuels sont alors un sujet de raillerie, focalisant la décadence de notre civilisation. Ce filon marche comme celui de la libération des mœurs marchera quinze ans plus tard. Les meilleurs auteurs compositeurs interprètes s'essaient à la chanson homophobe. Ainsi, Georges Brassens écrit en 62 dans Les trompettes de la renommée : « Sonneraient-ell's plus forts ces divines trompettes / Si comm' tout un chacun j'étais un peu tapette / Si je me déhanchais comme une demoisell' / Et prenait tout à coup des allur's de gazell' / Mais je ne sache pas qu'ça profite à ces drôles / De jouer le jeu d'l'amour en inversant les rôles / Qu'ça confère à leu gloire un' onc' de plus value / Le crim' pédérastique aujourd'hui ne paie plus ». Ce texte, confondant de bêtise et farci des stéréotypes les plus vulgaires montre bien que si « les croquants » et « les braves gens » qui « n'aiment pas qu'on suive une autre route qu'eux » sont dans la salle, ils sont aussi sur la scène.

A l'opposé, Serge Reggiani a osé conjuguer au présent l'amour-amitié avec un autre homme dans une remarquable chanson : Le vieux couple.

Dans la série mieux-vaut-encore-s'en-moquer-qu'y-goûter, il y a cette incroyable chanson de Georges Chelon, Ce n'est pas encore demain la veille, datant de la fin des années 60. Plagiant Mon beau légionnaire, Chelon démarre par « L'était pas grand, l'était pas beau, il sentait pas le sable chaud », avant d'enchaîner sur les bruits de baise des deux monstres, filtrant à travers la cloison de la chambre. Et de conclure par cette ravissante métaphore : « Non ce n'est pas encore demain la veille / Que je me passerai de toi ma belle / Car j'aime mieux monter à tes jarretelles / Que de descendre une paire de bretelles ».

A ce niveau, Sardou n'a pas fait mieux. Avec Le rire du sergent (1971) ou avec Le surveillant général (1972) : l'homosexuel y est présenté comme une folle, une putain ou un être vicieux à l'affût des branlettes collégiennes. A ces misérables poncifs, il y a celui de l'impuissant, présent dans J'accuse : « J'accuse les hommes de croire des hypocrites / Moitié PD, moitié hermaphrodites / Qui jouent les durs pour enfoncer du beurre / (…) / J'accuse les hommes de n'être pas des hommes... tout simplement ».

Contrairement à certaines légendes présentes dans la littérature populaire, il faut remarquer que le pédé n'est pas le sodomite-violeur d'enfant, mais un être faible et pervers, ressemblant trait pour trait aux femmes.

Ainsi ces chansons font-elles d'une pierre deux coups : non contentes d'être homophobes, elles sont souvent misogynes.

Ce cliché de l'homosexuel efféminé sera repris, mais dans un registre assez misérabiliste, par Charles Aznavour en 1970, avec Je suis homo comme ils disent. Cette chanson dépeint, une fois encore, un être soumis, un peu décorateur (ils le sont toutes !) et toujours travesti. Ce qui apparaît aujourd'hui comme une complainte plutôt facile a fait scandale dans plus d'un foyer et a été un très grand succès.

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