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J'accuse, chanté par Michel Sardou (1976)

Publié le par Jean-Yves Alt

J'accuse les hommes un par un et en groupe

J'accuse les hommes de cracher dans leur soupe

D'assassiner la poule aux œufs d'argent

De ne prévoir que le bout de leur temps

J'accuse les hommes de salir les torrents

D'empoisonner le sable des enfants

De névroser l'âme des pauvres gens

De nécroser le fond des océans

 

J'accuse les hommes de violer les étoiles

Pour faire bander le Cap Canaveral

De se repaître de sexe et de sang

Pour oublier qu'ils sont des impuissants

De rassembler les génies du néant

De pétroler l'aile des goélands

D'atomiser le peu d'air qu'ils respirent

De s'enfumer pour moins se voir mourir

 

J'accuse

 

J'accuse les hommes de crimes sans pardon

Au nom d'un homme ou d'une religion

J'accuse les hommes de croire des hypocrites

Moitié pédés moitié hermaphrodites

Qui jouent les durs pour enfoncer du beurre

Et s'agenouillent aussitôt qu'ils ont peur

J'accuse les hommes de se croire des surhommes

Alors qu'ils sont bêtes à croquer la pomme

 

J'accuse les hommes je veux qu'on les condamne

Au maximum qu'on arrache leur âme

Et qu'on la jette aux rats et aux cochons

Pour voir comment eux ils s'en serviront

J'accuse les hommes en un mot comme en cent

J'accuse les hommes d'être bêtes et méchants

Bêtes à marcher au pas des régiments

De n'être pas des hommes tout simplement.


Dérisions et vulgarités dans la chanson française des années 50/60

A la différence de la littérature, la chanson n'accorde pas d'autre place à l'homosexualité dans les années 50/60, que celle d'un vice ou d'un comportement paradoxal, un peu grotesque. Les homosexuels sont alors un sujet de raillerie, focalisant la décadence de notre civilisation. Ce filon marche comme celui de la libération des mœurs marchera quinze ans plus tard. Les meilleurs auteurs compositeurs interprètes s'essaient à la chanson homophobe. Ainsi, Georges Brassens écrit en 62 dans Les trompettes de la renommée : « Sonneraient-ell's plus forts ces divines trompettes / Si comm' tout un chacun j'étais un peu tapette / Si je me déhanchais comme une demoisell' / Et prenait tout à coup des allur's de gazell' / Mais je ne sache pas qu'ça profite à ces drôles / De jouer le jeu d'l'amour en inversant les rôles / Qu'ça confère à leu gloire un' onc' de plus value / Le crim' pédérastique aujourd'hui ne paie plus ». Ce texte, confondant de bêtise et farci des stéréotypes les plus vulgaires montre bien que si « les croquants » et « les braves gens » qui « n'aiment pas qu'on suive une autre route qu'eux » sont dans la salle, ils sont aussi sur la scène.

A l'opposé, Serge Reggiani a osé conjuguer au présent l'amour-amitié avec un autre homme dans une remarquable chanson : Le vieux couple.

Dans la série mieux-vaut-encore-s'en-moquer-qu'y-goûter, il y a cette incroyable chanson de Georges Chelon, Ce n'est pas encore demain la veille, datant de la fin des années 60. Plagiant Mon beau légionnaire, Chelon démarre par « L'était pas grand, l'était pas beau, il sentait pas le sable chaud », avant d'enchaîner sur les bruits de baise des deux monstres, filtrant à travers la cloison de la chambre. Et de conclure par cette ravissante métaphore : « Non ce n'est pas encore demain la veille / Que je me passerai de toi ma belle / Car j'aime mieux monter à tes jarretelles / Que de descendre une paire de bretelles ».

A ce niveau, Sardou n'a pas fait mieux. Avec Le rire du sergent (1971) ou avec Le surveillant général (1972) : l'homosexuel y est présenté comme une folle, une putain ou un être vicieux à l'affût des branlettes collégiennes. A ces misérables poncifs, il y a celui de l'impuissant, présent dans J'accuse : « J'accuse les hommes de croire des hypocrites / Moitié PD, moitié hermaphrodites / Qui jouent les durs pour enfoncer du beurre / (…) / J'accuse les hommes de n'être pas des hommes... tout simplement ».

Contrairement à certaines légendes présentes dans la littérature populaire, il faut remarquer que le pédé n'est pas le sodomite-violeur d'enfant, mais un être faible et pervers, ressemblant trait pour trait aux femmes.

Ainsi ces chansons font-elles d'une pierre deux coups : non contentes d'être homophobes, elles sont souvent misogynes.

Ce cliché de l'homosexuel efféminé sera repris, mais dans un registre assez misérabiliste, par Charles Aznavour en 1970, avec Je suis homo comme ils disent. Cette chanson dépeint, une fois encore, un être soumis, un peu décorateur (ils le sont toutes !) et toujours travesti. Ce qui apparaît aujourd'hui comme une complainte plutôt facile a fait scandale dans plus d'un foyer et a été un très grand succès.

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