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Les voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo, Guy Hocquenghem

Publié le par Jean-Yves Alt

Frère Angelo est un spectateur. Un spectateur sublime : il observe les hommes mais contemple Dieu.

Dans ce roman, Guy Hocquenghem hante la religion chrétienne, s'attache à ces jeunes hommes obsédés d'amour qui trouvent leur salut terrestre dans l'espoir du Christ, comme si ce dieu incarné, victime des souffrances humaines, était le seul amant interdit digne de leur passion.

Angelo est un pauvre petit moine, seul face à l'horreur du monde. Quand le dieu a regagné le domaine du père, là-haut quelque part dans l'incertitude, il est difficile de ne pas chercher, dans le faible écho de la planète, l'illusion de l'amour, son apparence, sa deuxième incarnation, celle qui est dévolue aux misérables pécheurs : la beauté des jeunes hommes. Cette tentation existe pour Angelo qui succombe, un instant, au mirage de la jouissance :

« Il roulait maintenant, emporté par le plaisir, sur l'étroite plate-forme et son sexe pénétrait l'animal qui s'était couché sur le flanc. A chaque coup de reins, il gémissait plus fort ; et quand l'orgasme vint, et qu'il vit rouge, il bascula sur les degrés, et sentit la pyramide s'effondrer sous lui en même temps que lui se répandait en elle. »

Mais Angelo ne connaît l'abandon de la chair qu'une fois, avant de mourir...

La religion construit sa suprématie dans le refus du corps. Et si Francesco, un tout jeune Indien, descendant des seigneurs aztèques, offre à Angelo la tentation suprême, quand la beauté du diable s'en mêle, Angelo résiste : l'issue de l'épreuve anéantirait l'aspiration vers Dieu :

« Tu ne peux imaginer la grâce et les tendres attraits que Dieu a distribués à profusion à cet écolier. Son teint est plus clair que celui des Indiens ordinaires, un velours délicat, lustré, ombragé de grands cils noirs ; ses fins sourcils d'un seul arc, ses cheveux mi-longs de la couleur de l'aile du corbeau, noirs au point d'être parcourus de reflets violets, font ressortir sa pâleur mate. Sa taille est fine, gracile, un peu petite pour son âge... »

Francesco meurt jeune et Angelo le garde près de lui, même si son «intimité avec Francesco et l'attachement excessif qu'il (lui) manifeste semblent déplaire aux autorités».

Ce roman n'est en rien un récit homosexuel. C'est tout à la fois la mise en scène d'un demi-siècle de christianisme (1498-1543), l'histoire de la papauté (Clément VII se soumet à Charles Quint), l'évocation des grands créateurs de la Renaissance italienne, l'épopée des évangélistes - dans le contraste brutal d'une Eglise de la compromission, de la luxure et du luxe, et de prêtres meurtris dans le respect de la parole du Christ, mais aussi le roman biographique d'une exploration intime de la foi.

Le lecteur suit Angelo dans une chronique somptueuse, d'Assise à Rio de La Plata - Rome, Florence, Tunis, Mexico... - un voyage initiatique qui au-delà des riches reconstitutions (le sac de Rome dévastée par la guerre et la peste) rend attachant cet homme livré à la solitude et déjà conscient que le Christ est du côté des bannis et de la pauvreté.

Roman de la solitude

Guy Hocquenghem a trouvé ici le thème fascinant entre tous : la quête désespérée de l'amour de l'autre, non pas comme individu mais comme émergence douloureuse d'une prise de conscience collective, l'éternelle reconquête de soi dans la victoire de tous, une victoire précaire, dépendante de la mort, la gloire de l'homme et sa défaite.

Guy Hocquenghem maîtrise complètement les descriptions où les villes, les paysages, les personnages, les foules ressuscitent avec leurs couleurs, leurs odeurs et si difficile en littérature, les mouvements qui transforment ce lointain passé en une vivante réalité.

Ce magnifique roman picaresque et mystique ne se limite pas à une subtile et dense histoire du combat entre le temporel et le spirituel, il oblige à l'ultime méditation, celle de notre présence terrestre toujours menacée.

Dernière question déchirante :

▫ Pourquoi, alors que Frère Angelo a été bousculé par tant d'exactions, par tant d'injustice, par tant d'illusions perdues, sa misère et son refus des douceurs humaines, le sauvent de l'angoisse ?

■ Les voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo, Guy Hocquenghem, Editions Albin Michel, 1988, ISBN : 2226034420


Lire un autre extrait


Du même auteur : L'amour en relief - Les petits garçons - L'âme atomique (avec René Schérer) - Comment nous appelez-vous déjà ? (avec Jean-Louis Bory) - La colère de l'Agneau - Le désir homosexuel - Race d'Ep - La dérive homosexuelle

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Antoine Zuepin 24/05/2016 11:39

Franchement : cet article, comme d'ailleurs aussi un peu le livre duquel il traite, est écrit avec les pieds. Pour le livre : on ne compte pas les approximations, les erreurs flagrantes et les anachronismes. Pour l'article : on collectionne les clichés et les idées reçues sans même se donner la peine de critiquer leur pertinence. Bref, du remâché sans intérêt aucun.

Jean-Yves Alt 24/05/2016 18:47

Il manque à votre avis un argumentaire que je serais heureux de lire.