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L'heure des adieux, Jean-Noël Pancrazi

Publié le par Jean-Yves Alt

Les homosexuels vivent trop dans la peur de vieillir. Avec ce roman, Jean-Noël Pancrazi montre un monde troublé où la vieillesse est prétexte à se souvenir de l'amour enfui qu'il décrit avec chaleur et intensité.

La seule arme contre le temps est d'apprendre à conjurer la nostalgie d'avoir, jadis, refermé ses bras sur les corps imaginaires merveilleusement lourds de saveur charnelle. L'auteur met en écriture, les éléments essentiels de toute expérience humaine : le pays, la famille, l'amitié, la passion, dans les perspectives d'une l'histoire individuelle. Une affaire de vie et de mort.

Le cri véritable de ce roman ressemble à celui de l'oiseau solitaire qui plane indéfiniment entre terre et mer. Que voit-il ? Des histoires de désir, des tendresses au crépuscule, des matins d'une lucidité à hurler, des morts qui flottent à la dérive et que notre amour voudrait retenir dans l'éclat de leur ultime transparence.

« L'heure des adieux » est un superbe roman baroque qui ressuscite les joies perdues au fil du temps. Il offre la plus belle histoire d'amour, l'unique, celle que la mémoire invente. Le narrateur aime Jérôme. Jérôme c'est l'adolescent dans la force du sang, c'est aussi l'éternelle quête.

Pages sublimes, la fin du roman laisse différent, amoureux du silence où s'écoute enfin la voix véritable du destin.

« L'heure des adieux » se déroule dans une île qui accède à l'indépendance. Ce pays est le lieu d'une insurrection. Au nom des libertés, des victimes meurent, tirées au hasard de la folie. L'île n'est jamais nommée. C'est une île de la Méditerranée. S'il y a des descriptions d'assassinats ou d'incendies (on pense à la Corse), il n'y a pas de message politique dans ce livre mais un regret, celui d'un vieil homme qui déplore que son île soit ravagée par une sorte de barbarie qui annule un âge d'or rêvé dans lequel il était heureux. Ce roman est un livre de nostalgie, d'un temps où n'existaient pas les forces de régression.

« L'heure des adieux » est un livre d'amour, le récit d'un homme qui se regarde avoir aimé. La vieillesse, c'est peut-être tout simplement la fin du désir, mais pas le souvenir de sa forme.

Ce roman montre qu'il n'y a aucune raison que la vieillesse ne soit pas sereine. Le narrateur a su dominer ses souvenirs, et le souvenir du bonheur avec Jérôme illumine doucement ses derniers jours.

La principale difficulté du vieil âge, c'est sans doute la conscience de ne plus être désiré. Non pas avoir peur de ne plus désirer soi-même mais accepter d'être moins désiré, puis de ne plus l'être. La sérénité, c'est accepter lucidement, doucement de ne plus être désiré, ne pas éprouver de ressentiment, de rancune envers la jeunesse.

Un roman qui peut aider à apprendre à se détacher lentement et à ne pas attendre en vain quelque chose dont on sait pertinemment qu'il n'arrivera pas. Accepter naturellement un état de non-désir de la part des autres.

« L'heure des adieux » est un concerto d'où s'élève le solo du narrateur, vieillard aux portes de la nuit, enfermé dans le « Centre » pour mieux préserver la dernière pulsation qui atténue l'effritement de la vie : sa mémoire.

■ L'heure des adieux, Jean-Noël Pancrazi, Éditions du Seuil/Points, 2000, ISBN : 2020382067


Du même auteur : La mémoire brûlée - Les quartiers d'hiver

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